M. Cavaignac est sinistre, falot, incomplet : l’air d’un fœtus à moustache. M. Guignet ressemble à un carlin dévoré du « rouge », s’usant la peau à tous les angles, rogneux, hargneux, sournois, éternellement disposé à mordre. M. Jeannel, avec ses contorsions de mandibules, à ses sourcils en visière, justifie, de façon scandaleuse, la théorie de Darwin sur l’origine de l’espèce. Gribelin, moins disgracié, quoique de physionomie assez simplette, ignore par trop la haine du
... mouvement qui déplace la ligne
et, après s’être rongé consciencieusement les ongles des mains, fait redouter qu’il ne s’en prenne à ceux de ses pieds. M. Moïse Blum, dit le colonel Fleur, évoque l’idée d’un placeur pour bonnes...
Etc.
Mais nul n’a cette mâchoire, ce front, ce crâne, ces yeux, cette figure faite pour l’anthropométrie au point que l’infortuné M. Bertillon la guette, avec des frissons de zèle aux doigts !
Or M. Lauth, aujourd’hui, a, par un acte inqualifiable (je tiens en estime l’adjectif qui prête aux plus amples interprétations), soulevé l’indignation, la nausée publiques, au point qu’on l’a hué formidablement.
Il ne l’avait pas volé !
A cela, il pourrait objecter qu’il n’a fait que suivre un exemple illustre : celui du paladin sans reproche, du guerrier loyal qui, des lettres de femme ayant été trouvées dans la perquisition chez Georges Picquart, s’empressa de faire aviser le mari, homme pieux, bien pensant... et susceptible de venger à la fois son honneur et celui de l’armée.
Coup double !
M. Lauth, lui, pour se justifier d’avoir invité à dîner, en son home, ce même chef que, simultanément, il s’appliquait à desservir et à déshonorer, est venu arguer de l’invitation « en tas » ; puis a profité de l’occasion pour raconter que le colonel Picquart avait eu le « manque de tact » d’amener une personne qui... une personne que... enfin la personne dont il a été question dans un récent procès.