Leur mufle frais de la fraîcheur de l’herbe, baveux de fils transparents comme du verre, s’appuie aux barrières de verdure pour regarder passer le voyageur.

Au crépuscule, elles mugissent, impatientes du retour à l’étable. Alors, un enfant, une femme les vient querir, une mince baguette à la main.

Et, par petits troupeaux, elles se répandent sur les routes, se hâtant vers la ferme ou le faubourg. Leurs cornes d’ombre se profilent sur la turquoise verdie du ciel où monte lentement le croissant d’or...

C’est alors que s’illuminent, dans la pénombre, les croisées des Trois-Marches ; que luit, au sommet de la double montée, l’étoile familière vers qui s’en vont, épris de lumière, anxieux de vérités nouvelles, des Mages du savoir, des Rois de l’éloquence et de bons Bergers anxieux de soustraire les brebis à l’abattoir !


⁎ ⁎

La salle est gaie, proprette, avec le luxe d’une cheminée en marbre noir, de quatre lithographies militaires aux murs, d’un bouquet sur la nappe de grosse toile blanche.

A deux pas, la grande cuisine, où, sous la direction de l’hôte, la surveillance de l’hôtesse, flambent les antiques fourneaux. La chère est bonne, mais simple. D’immenses pains, coupés par tranchés, fleurent bon le froment ; et le cidre met des reflets d’ambre au flanc des carafes rebondies.

Dans le jardin sont des tonnelles ; sous un ombreux couloir de platanes, des tables de bois rugueux flanquées de bancs. Au delà d’un préau à l’aire battue, surhaussée, adossée au mur de fond, une sorte de petite estrade couverte où, les jours de noces, les soirs de bal, perchent les ménétriers.

Elle fut tribune — le 14 juillet dernier. Des phrases ardentes, des appels frémissants en jaillirent pour célébrer l’espèce de nuit du 4 Août qui s’accomplissait là : l’abdication des préjugés universitaires, le renoncement des méfiances populaires, en une admirable communion.

Les isolés de la Tour d’ivoire descendaient, sortaient de leur refuge pour mettre leur main frêle, leur main nerveuse, dans la main placide, la main robuste des ouvriers.