Campements ici, campements là ; armes en faisceaux, montures en groupes. Rue du Pré-Botté, une jument tire sournoisement, du bout des dents, une salade de derrière la voiture d’un maraîcher.
Des silhouettes falotes de camelots errent, déplacées, pourchassées, devant l’entrée, jusque sous le porche de l’église de Tous-les-Saints.
8 heures.
Comment a-t-on pu parvenir jusqu’ici, dans la salle, à travers tant de barrages, tant de postes, un tel filtre de surveillance ?
Je ne m’en plains pas : on a raison. J’ai toujours préféré les mesures préventives aux répressions tardives, conséquemment incohérentes et barbares.
Puis, dans l’état d’esprit où nous sommes, rien, véritablement, ne nous est plus : que le dénouement de l’aventure — en tant que pitié pour l’homme — et reprise (cette étape accomplie, sous la même impulsion, vers des buts davantage reculés) de la marche en avant. D’autres souffrent et invoquent, au loin, tourmentés par d’identiques abus, tortionnés par les pareils bourreaux.
Aussi l’on écoute Me Demange avec une sympathique impatience. Une telle hâte nous possède, une telle tension de notre être est vers la conclusion, que l’on écoute, comme en un rêve, défiler les périodes et les arguments.
10 heures.
Dans la cour, pendant la suspension d’audience, plus de gravité, moins d’abandon qu’à l’ordinaire. Quelque chose de solennel plane, assourdit les tons, raidit les maintiens. Cependant, les propos échangés sont de haute importance.
On discute le communiqué du Moniteur de l’Empire ; la reproduction, dans la partie officielle, du démenti que formulèrent M. de Bulow à la tribune du Reichstag, M. de Munster, ambassadeur, ici. C’est la réponse indirecte, et cependant formelle, du souverain au défenseur qui lui rendit cet hommage mérité de penser qu’un monarque était aussi un homme.