Nous avons tiré l’homme de son bagne, notre volonté a fait lever Lazare du tombeau. Rappelez-vous : on défiait que cela se fît jamais, sous peine d’une révolution générale ? Il a suffi de quatre douaniers et de quelques gendarmes, pour maintenir non pas la furie, mais la curiosité populaire dans de décentes limites.
On niait que l’esprit de caste ou de chapelle ait pu influer sur sa condamnation ? L’événement a montré Mercier essayant de renouveler, auprès des juges de 1899, le coup de la communication secrète de 1804. On a pu voir les généraux coalisés s’efforcer de sauver un des leurs aux dépens de l’innocent ; préférer l’impunité d’Esterhazy à la confession de l’erreur initiale, que couvrirent après tant de crimes !
La conquête morale est immense. En plein Forum, sous la lumière crue et cruelle du jour, le peuple, juge à son tour, a pu estimer certains de ses chefs ; jauger leur spéciale mentalité ; apprécier leur intempérance de langue et la puérilité de leurs manœuvres ; se rendre compte comment ces sous-Trochu le pourraient mener aux boucheries promises...
Cette évolution-là vaut deux révolutions car elle ne fut pas sanguinaire et affranchit les cerveaux.
FIN
NOTES
[1] Il s’est éclairci. M. Bard, rapporteur de la Chambre criminelle de la Cour de cassation, s’en étant référé, pour ses lectures, à la sténographie du Siècle, autorisée par le Président, après affirmation qu’elle était, de tous points, semblable au texte.
[2] Authentifiée depuis, par ordonnance judiciaire.
[3] Chez lequel je fus citée à comparaître en suite de la publication des lettres Durandin, dans la Fronde.
[4] Par jugement du 13 décembre 1899, la Libre Parole a été condamnée, faisant défaut, à 2,000 francs d’amende, 1 franc de dommages-intérêts, quarante insertions dans les journaux de Paris, et deux cents dans les journaux de province.