Il est prisonnier au Mont-Valérien. Mais la décision du conseil d’enquête, au-dessus de son front, demeure en suspens. Cela dépendra, évidemment, de son attitude ici.

Et on ne la sent influencée d’aucune préoccupation personnelle ; seulement le souci de ne rien faire qui ne soit correct.

Aussi, comme on le hait ! Comme il est en butte au particulier acharnement des amis de l’ombre.

Quiconque souhaite dissiper les ténèbres devient immédiatement, pour eux, chair à supplice ! Dreyfus a disparu derrière Zola, comme cible aux haines ; Zola, forcément passif, a disparu derrière les défenseurs — une aimable personne, madame P..., femme d’un député, je précise, ne déclarait-elle pas, l’autre jour, dans le fond de la salle, devant des auditeurs qui ont précieusement enregistré le propos, QUE L’ON DEVRAIT ÉCARTELER LABORI ? — et les avocats disparaissent aujourd’hui devant le témoin : cet officier dont on aimerait tant souiller l’uniforme, arracher les galons, la croix, tordre le sabre, jeter à l’eau pour prouver le respect et l’amour qu’on a de l’arme, de l’insigne et de l’habit, de l’armée enfin !

Tout d’abord, on lui ménage une entrée.

De peur sans doute que l’impression, sur l’assistance, ne soit trop scandaleusement favorable, MM. Gonse, Gribelin et Lauth, sont revenus répéter, préciser, aggraver toutes leurs imputations malveillantes.

Le premier était morose, parce qu’on doutait de Gribelin « qui détient tous les secrets de la défense nationale » (ne détiendrait-il pas rien que la clef du contenant, plutôt, comme un caissier fidèle ?) ; le troisième était morne, parce que contraint à la récidive... et Gribelin était très triste, parce que la lampe n’était pas allumée !

Celui-là, au moins, veut la lumière !

M. de Pellieux, en outre, au cours de sa défense au second conseil de guerre, a dû essuyer une hautaine apostrophe de Zola :

— Chacun sert la patrie à sa façon, par l’épée ou par la plume. M. de Pellieux a, sans doute, gagné de grandes victoires : j’ai gagné les miennes ! Par mes œuvres, la pensée française a été portée aux quatre coins du monde. Entre le nom de Pellieux et celui d’Émile Zola, la postérité choisira.