Puis, aux jurés, d’une voix frémissante :
— Vous les avez vus ! Henry, du Paty de Clam, Gribelin, Lauth, les artisans de l’affaire précédente. Moi, j’ai pensé qu’il fallait suivre ma conscience. J’ai été outragé, par des journaux payés, pendant des mois, sans pouvoir me défendre. Je sais que j’exposais ma carrière et peut-être demain serai-je chassé de cette armée que j’aime, à laquelle j’ai donné vingt-cinq ans de ma vie ! Cela ne m’a pas arrêté, parce que je devais chercher la vérité et la justice. J’ai cru rendre ainsi un plus grand service à mon pays et à l’armée. J’ai fait mon devoir d’honnête homme.
Et il a expliqué l’état d’esprit du 2e Bureau, quant à la condamnation de Dreyfus, l’Arche sainte ; il a montré Henry, du Paty de Clam, Lauth, Gribelin, plus ou moins, suivant leurs capacités, exécuteurs testamentaires de Sandherr et PRÊTS À TOUT plutôt que de laisser toucher à l’œuvre commune, légitime ou non...
En réponse, M. le général Gonse (je l’ai vu), a allongé une tape amicale dans le dos de M. Henry qui a dit:
— Allons-y !
Et ce qu’avait insinué M. Lauth, il l’a repris à son compte avec plus d’insistance : que n’ayant pas reçu personnellement le petit bleu, il le supposait de l’invention de ses chefs d’alors.
Oh ! les haines de subordonnés, que même l’égalité survenue n’apaise pas !
Il a dit aussi : « Jamais la pièce « Canaille de D. » n’a eu de rapport avec l’affaire Dreyfus, jamais, jamais ! »
Cependant, à la reproduction, on y compléta le nom !
A sa suite, le général Gonse a protesté contre le sobriquet de Gonse-Pilate que lui a décerné un journal, au sujet de l’envoi du subordonné devenu encombrant vers les parages de Gabès.