» Ma femme n’est pas israélite.
» M. de Pachmann, que personnellement je ne connais pas, est Russe, natif d’Odessa, et même sénateur russe.
» Mon père est Alsacien. Depuis quarante-cinq ans il est au service de la Compagnie de l’Est. En 1870, il a été chargé des opérations d’embarquement des troupes au camp de Châlons. En 1871, il a été délégué pour reprendre des mains des Prussiens le service des chemins de fer et ce n’est pas là où il a fait le moins preuve de son patriotisme. Depuis 1871, il est chargé d’organiser la défense nationale dans sa section, d’accord avec la section technique du ministère de la guerre.
» En 1891, il était décoré de la Légion d’honneur spontanément, sur la proposition du quatrième bureau du ministère de la guerre et du général de Boisdeffre, qui lui a envoyé une lettre de félicitations. Vous apprécierez, par cela, ce que valent certaines attaques. »
L’impression ressentie est si vive, que Jaurès maintenant, contre un démenti télégraphique de M. Papillaud, le propos qu’il a affirmé tenir de celui-ci : « Lorsque le Matin a publié le fac-similé du bordereau, m’a dit Esterhazy, je me suis senti perdu » ; que la fin de comparution de l’infortuné Bertillon ; que les dépositions de MM. Hubbard, Yves Guyot (traitant le jugement d’Esterhazy de « parodie de justice ») passent dans une sorte de brouhaha.
Mais M. Bertillon a ouvert le défilé des grotesques, des experts professionnels, jurés, patentés, assermentés — sur la foi desquels on condamne le pauvre monde ! A part deux ou trois hommes raisonnables, et même fins, discernables d’emblée, à quelles exhibitions fantastiques n’allons-nous pas assister ?
S’ils se peuvent regarder sans rire, c’est tant mieux pour eux ! Mais nous autres, infortunés profanes, quelle que soit la majesté du lieu et la gravité des circonstances, il nous a été impossible, maintes fois, de garder notre sérieux.
Comment en serait-il autrement ? M. Bertillon, samedi, avait rendu cette sentence : « On ne saurait se fier à des preuves seulement graphiques ». M. Teyssonnières, lundi, fait cette proclamation :
« La graphologie, c’est le sabre de M. Prudhomme ! » Hier aussi, M. Charavay formule cet aveu : « L’expertise d’écritures est insuffisante à motiver une condamnation. »
— Et voilà pourquoi votre fille est muette ! comme dit le bon Sganarelle.