Rien n’est plus drôle que d’entendre l’ancien ministre, de sa voix posée, détailler ces insanités !
Toutefois, Labori est parvenu à extraire de M. Teyssonnières que les caractères du bordereau étaient « d’une écriture naturelle, modifiée par les circonstances. »
C’est toujours ça !
M. Charavay, petit, chevelu, barbu, gai comme tout, dans son infirmité occasionnelle, s’exprime par signes et par syllabes gutturales. Si l’abbé de l’Épée revenait, l’adoption serait immédiate.
Mais il a un roulis d’épaules joyeux quand on lui parle du colimaçon du collègue. Et il s’en va sans avoir rien dit, décochant seulement la flèche du Parthe que j’ai signalée plus haut.
Après lui, ce sont MM. Pelletier, Gobert, qui se refusèrent, en 1894, à reconnaitre, dans le bordereau, la main d’Alfred Dreyfus.
Naturellement, plus que jamais :
— La question ne sera pas posée.
Et voilà le Trio des Experts, bouffe, inénarrable, dépassant l’opérette et même la féerie, les Minos, Eaque et Rhadamante d’offenbachique mémoire !
Couard, un colosse dont la tête est tout en menton. Le reste n’a l’air que d’un accessoire, d’une annexe, d’un superflu, d’un luxe : le couvercle de l’encrier, le bout de l’œuf à la coque qu’a décapité le couteau. Quand il parle, mâchant les mots dans son formidable appareil buccal, vous prend une inquiétude de cauchemar : il semble que le maxillaire se déclanche, et que la partie inférieure ne pourra jamais remonter, va demeurer là, bayante, sur le thorax.