Ayant été, dans la France Juive, qualifié de « fils de juif allemand », voilà ce qu’il tenait à répondre.
— Je suis né à Paris, de parents français. J’ai été baptisé à Notre-Dame ; j’ai fait ma première communion à Saint-Sulpice ; j’ai confirmé à Saint-Sulpice ; j’ai même été élève du catéchisme de persévérance à Saint-Sulpice jusqu’à l’âge de seize ans.
Il y avait bien de l’ironie et du dédain, dans sa voix...
Quant à sa déposition, c’est une pure merveille de lucidité, de logique et d’érudition. Les plus ignorants en mesuraient l’ampleur.
Il explique aux jurés comme quoi le report, d’après photographie, sur zinc, dit « gillotage », employé pour le fac-similé du Matin, ne permet aucune falsification. Des altérations y sont possibles, par l’écrasement, à l’usage, mais c’est tout. De là à parler de faux, il y a loin !
Sans doute, le témoin qui s’est servi de cette expression — notez que c’est M. de Pellieux ! — « n’est pas habitué à formuler sa pensée avec précision. »
Quant au bordereau lui-même, il est, à n’en pas douter, de l’écriture d’Esterhazy. Est-il « de sa main, » selon l’équivoque derrière laquelle se sont abrités les récents experts ! Sur ceci, aucune hypothèse négative n’a paru vraisemblable à M. Paul Meyer. Mais il est un moyen de faire lever tous ces doutes. Si la communication de l’original du bordereau est jugée impossible, qu’on verse au dossier les clichés photographiques sur lesquels toute retouche est visible.
Hé bien ! mais, que devient le cliché « falsifié » du commandant Lauth ?
Enfin M. Paul Meyer conclut :
— Si l’on refuse de faire cette preuve, je saurai à quoi m’en tenir.