3 Q. Lutatius Catulus, poursuivi par les Cimbres, et n'espérant leur échapper qu'en passant un fleuve dont ils occupaient le bord, fit paraître ses troupes sur une montagne voisine, comme dans l'intention d'y camper; et il défendit aux soldats de délier les bagages, de décharger les fardeaux, et de s'écarter des rangs et des enseignes. Pour mieux tromper les ennemis, il fit dresser quelques tentes qu'ils pussent apercevoir, allumer des feux, construire le retranchement par quelques hommes, tandis que d'autres allaient à la provision de bois, toujours à la vue des Cimbres. Ceux-ci, croyant à la réalité de ce qu'ils voyaient, choisirent aussi un lieu pour leur camp; et, pendant qu'ils se dispersaient dans les environs pour se procurer les choses nécessaires au séjour, Catulus, saisissant l'occasion, traversa le fleuve, et dévasta même leur camp.
4 Crésus, ne pouvant passer à gué l'Halys, et n'ayant aucun moyen de construire des bateaux ou un pont, fit creuser un canal qui, de la partie supérieure du rivage, suivit la ligne de son camp, et donna au fleuve un nouveau lit derrière l'armée.
5 Cn. Pompée, vivement poursuivi par César, et voulant transporter la guerre hors de l'Italie, était à Brindes, sur le point de s'embarquer. Il obstrua quelques rues, en mura d'autres, en coupa quelques-unes par des fossés, qu'il couvrit en y dressant des pieux qui supportaient des claies chargées de terre. Les avenues qui menaient au port furent interceptées par des poutres serrées les unes contre les autres et formant une puissante barrière. Ces travaux terminés, il feignit de vouloir défendre la ville, en laissant çà et là quelques archers sur les remparts. Ses troupes s'embarquèrent sans bruit; et, dès qu'il fut en mer, les archers, se retirant par des chemins qui leur étaient connus, le rejoignirent à l'aide de petites embarcations.
6 Le consul C. Duilius, ayant pénétré imprudemment dans le port de Syracuse[31], et s'y voyant enfermé par une chaîne tendue à l'entrée, fit passer tous ses soldats de la poupe de ses vaisseaux, qui, ayant par cette manoeuvre l'arrière incliné et la proue relevée, furent lancés à force de rames, et s'engagèrent sur la chaîne. Après quoi, les soldats s'étant portés vers la proue, leur poids entraîna les vaisseaux de l'autre côté de l'obstacle.
7 Lysandre, de Lacédémone, enfermé avec toute sa flotte dans le port d'Athènes, dont les étroites issues étaient gardées par les vaisseaux ennemis, débarqua secrètement ses troupes sur le rivage, et fit passer, à l'aide de rouleaux, ses vaisseaux dans le port de Munychie, voisin de celui d'Athènes.
8 En Espagne, Hirtuleius, lieutenant de Sertorius, s'étant engagé entre deux montagnes escarpées, dans un long et étroit défilé, et n'ayant qu'un petit nombre de cohortes, apprit que l'ennemi approchait avec des forces considérables. Aussitôt il fit creuser un fossé d'une montagne à l'autre, le surmonta d'une palissade à laquelle il mit le feu, et s'échappa en arrêtant ainsi l'ennemi.
9 Pendant la guerre civile, C. César, s'étant avancé avec ses troupes pour présenter la bataille à Afranius, s'aperçut qu'il ne pourrait se retirer sans danger. Il fit rester la première et la seconde ligne sous les armes, dans l'ordre primitif de la bataille, pendant que la troisième, travaillant derrière les deux autres, à l'insu de l'ennemi, creusait un fossé de quinze pieds, dans l'enceinte duquel ses soldats se retirèrent, au coucher du soleil, et restèrent sons les armes.
10 Périclès. général athénien, poussé par les troupes du Péloponnèse dans un lieu entouré de rochers escarpés qui n'offraient que deux issues, coupa l'une par un fossé très large, comme pour la fermer à l'ennemi, et étendit son camp vers l'autre, feignant de vouloir sortir de ce côté. Les troupes qui le tenaient investi, loin de croire que son armée s'échapperait par le fossé qu'elle avait creusé elle-même, accoururent toutes en tête de l'autre passage. Alors Périclès, qui avait préparé des ponts, les jeta sur le fossé, et fit sortir ses soldats sans éprouver aucune résistance.
11 Lysimaque, un des généraux qui se partagèrent l'empire d'Alexandre, avait dessein de camper sur une haute colline; mais, conduit sur une autre moins élevée, par la faute de ses guides, et craignant que les ennemis, qui étaient postés plus haut, ne vinssent fondre sur lui, il établit son retranchement, et fit creuser en deçà trois fossés, ainsi que d'autres encore autour des tentes, de sorte que le camp tout entier en était sillonné. Puis, quand il eut ainsi coupé le passage à l'ennemi, il se fit des ponts sur les fossés avec de la terre et des branchages, et gagna en toute hâte des lieux plus élevés.
12 En Espagne, T. Fonteius Crassus, étant allé faire du butin avec trois mille hommes, se trouva enfermé par Hasdrubal dans une position dangereuse. À l'entrée de la nuit, n'ayant fait part de sa résolution qu'aux premiers rangs, il s'échappa en traversant les postes ennemis, au moment où l'on s'y attendait le moins.