23 Brasidas, général lacédémonien, surpris dans les environs d'Amphipolis par les Athéniens, qui lui étaient supérieurs en nombre, se laissa entourer, afin que les rangs de l'ennemi s'affaiblissent en formant une longue enceinte, et s'ouvrit un passage par l'endroit le plus éclairci.

24. Iphicrate, dans une expédition en Thrace, ayant établi son camp dans un lieu bas, et s'étant aperçu que les, ennemis occupaient une hauteur voisine, d'où ils ne pouvaient descendre que par un seul passage pour le surprendre, laissa dans le camp pendant la nuit quelques soldats auxquels il donna l'ordre d'allumer un grand nombre de feux; et son armée, qu'il avait fait sortir, s'étant postée de chaque côté de cette issue, laissa passer les barbares Puis, tournant contre ceux-ci la difficulté que le terrain lui avait présentée à lui-même, Iphicrate, avec une partie des siens, les chargea en queue et les tailla en pièces, tandis que le reste de son armée s'emparait de leur camp.

25 Darius, pour cacher sa retraite aux Scythes, laissa des chiens et des ânes dans son camp[34]. Les ennemis, entendant aboyer et braire ces animaux, ne se doutèrent point du départ de Darius.

26 Les Liguriens employèrent un moyen analogue pour tromper la vigilance des Romains: ils attachèrent à des arbres, en différents endroits de leur camp, de jeunes boeufs qui, ainsi séparés les uns des autres, redoublèrent leurs mugissements, et firent croire par là que l'armée était toujours présente.

27 Hannon, cerné par des troupes ennemies, amoncela sur le lieu par où il pouvait le plus facilement s'échapper, une grande quantité de menu bois auquel il mit le feu. Les ennemis ayant abandonné cette position pour aller garder les autres issues, il fit passer ses soldats à travers les flammes, après leur avoir recommandé de se couvrir le visage avec leurs boucliers, et les jambes avec des vêtements.

28 Hannibal, voulant sortir d'un lieu désavantageux où il était menacé de la disette, et serré de près par Fabius Maximus, chassa de côté et d'autre, pendant la nuit, des boeufs aux cornes desquels il avait attaché des faisceaux de sarment[35], qui furent allumés. Ces animaux, effrayés par la flamme que leurs mouvements excitaient encore, se répandirent au loin sur les montagnes, et firent paraître en feu tous les lieux qu'ils parcouraient. Les soldats romains, qui étaient venus en observation, crurent d'abord que c'était un prodige; mais quand Fabius fut informé de la réalité, il craignit que ce ne fût un piège, et retint ses troupes dans le camp: alors les barbares s'échappèrent de ce lieu sans rencontrer aucun obstacle.

VI. Des embuscades dressées dans les marches.

1 Fulvius Nobilior, conduisant son armée du Samnium dans la Lucanie, et apprenant par des déserteurs que l'ennemi devait attaquer son arrière-garde, donna l'ordre à sa meilleure légion de marcher en tête, et plaça en queue les équipages. L'ennemi, profitant de cette disposition comme d'une occasion favorable, se jeta sur le bagage. Alors Fulvius rangea à sa droite cinq cohortes de la légion dont on vient de parler, et les cinq autres à sa gauche; puis, étendant ses deux lignes du côté de l'ennemi, que le pillage occupait, il l'enveloppa et le tailla en pièces.

2 Le même Fulvius, vivement pressé par l'ennemi dans une marche, et rencontrant une rivière qui était trop peu considérable pour lui fermer le passage, mais assez rapide pour le retarder, embusqua en deçà une de ses deux légions, afin que les ennemis, ne craignant pas le petit nombre des soldats qu'ils verraient, le poursuivissent avec plus de témérité. Le fait ayant répondu à son attente, la légion qu'il avait postée sortit du lieu de l'embuscade, fondit sur eux, et les mit en déroute.

3 Iphicrate marchait vers la Thrace, forcé par la nature des lieux d'étendre son armée en longueur, lorsqu'il apprit que l'ennemi avait dessein d'attaquer son arrière-garde. Il ordonna à ses cohortes d'ouvrir leurs rangs en appuyant de chaque côté du chemin, et de s'arrêter; et aux autres troupes, de hâter le pas comme dans une fuite. À mesure qu'elles défilaient devant lui, il retenait les hommes d'élite; et quand il vit les ennemis pêle- mêle, échauffés au pillage, et déjà fatigués, il fondit sur eux avec ses soldats reposés et en bon ordre, les tailla en pièces, et leur enleva le butin.