1 Fabius Maximus, ayant ravagé le territoire de Capoue, et voulant ôter à cette ville tout espoir de soutenir un siège, se retira au moment des semailles, afin de laisser les habitants répandre dans leurs champs le blé qui leur restait; puis il revint sur ses pas, fit fouler aux pieds les semences, qui déjà étaient en herbe, et la famine le rendit maître du pays[95].

2 Antigone en fit autant aux Athéniens.

3 Denys voulant, après s'être emparé de plusieurs villes, attaquer celle de Rhegium, qui avait une garnison nombreuse, feignit de vouloir maintenir la paix avec elle, et lui demanda des vivres pour son armée. Aussitôt qu'il en eut obtenu, et qu'il eut ainsi épuisé les greniers des habitants, il profita de leur disette pour les attaquer, et la ville tomba en son pouvoir.

4 On dit qu'il agit de même à l'égard des Athéniens.

5 Alexandre, ayant le projet d'assiéger Leucadie, où les vivres étaient en abondance, s'empara d'abord des châteaux situés au voisinage, et permit à toutes leurs garnisons de se réfugier dans cette ville, afin que les provisions fussent plus tôt consommées par un plus grand nombre de personnes.

6 Phalaris, tyran d'Agrigente, après avoir mis le siège devant quelques places de Sicile bien fortifiées, feignit d'entrer en accommodement avec elles, et se retira en leur laissant en dépôt des blés qu'il disait avoir de reste; ensuite il eut soin de faire percer les toits des magasins où il les avait placés, afin que la pluie les corrompît; et, lorsque les habitants, qui comptaient sur cet approvisionnement, eurent consommé leurs propres blés, il revint les attaquer au commencement de l'été, et les contraignit par famine à se rendre.

V. Comment on fait croire que l'on continuera le siège.

1 Cléarque, général lacédémonien, étant informé que les Thraces avaient transporté sur des montagnes leurs provisions de bouche, et qu'ils ne tenaient contre lui que dans l'espérance de le voir forcé par la disette à se retirer, ordonna, dans le moment où il s'attendait à l'arrivée de leurs députés, qu'on tuât sous leurs yeux un prisonnier, dont la chair serait distribuée par morceaux dans les tentes, comme pour servir de nourriture aux soldats. Les Thraces, persuadés que rien ne triompherait jamais de la persévérance d'un homme qui pouvait recourir à de si horribles aliments, lui firent leur soumission.

2 Les Lusitaniens ayant dit à Tiberius Gracchus qu'ils avaient des vivres pour dix ans, et qu'ils ne redoutaient pas un siège, il leur répondit: «Je vous prendrai la onzième année.» Ce mot les effraya tellement, qu'ils se rendirent aussitôt, quoiqu'ils fussent bien approvisionnés.

3 Pendant que A. Torquatus assiégeait une ville de la Grèce, on lui dit que les jeunes gens de ce lieu étaient fort habiles à lancer le javelot et les flèches: «Je ne les vendrai que plus cher dans quelques jours,» répondit-il.