2 C. César, assiégeant Cadurcum[99], ville des Gaules, qui était entourée d'une rivière, et abondamment pourvue de fontaines, la fit manquer d'eau en détournant les sources par des conduits souterrains, et en plaçant sur le bord de la rivière des archers qui en défendaient l'approche.
3 Dans l'Espagne Citérieure, Q. Metellus dirigea sur un camp ennemi, situé dans un lieu bas, les eaux d'une rivière qu'il détourna d'un terrain plus élevé, et, au moment où cette inondation subite jeta l'épouvante chez les ennemis, des troupes placées en embuscade les taillèrent en pièces.
4 Alexandre, assiégeant Babylone[100], que l'Euphrate traverse par le milieu, creusa un fossé le long duquel il éleva en même temps une terrasse, afin de persuader à l'ennemi que l'on ne tirait la terre que pour cette construction; puis, ayant tout à coup dirigé l'eau dans la tranchée, il mit à sec le lit du fleuve, et s'en fit un passage pour entrer dans la ville. On dit que Sémiramis, faisant le siège de la même ville, détourna aussi l'Euphrate, et obtint le même résultat.
5 Clisthène de Sicyone coupa un aqueduc qui fournissait de l'eau à la ville de Crise; et, quand les habitants eurent commencé à souffrir de la soif, il leur rendit l'eau, mais corrompue avec de l'ellébore: aussitôt qu'ils en eurent fait usage, un flux de ventre, qui les saisit, les mit hors d'état de se défendre, et la ville fut prise.
VIII. Jeter l'épouvante parmi les assiégés.
1 Philippe, ne pouvant enlever de vive force le château de Prinasse[101], fit amonceler de la terre au pied des fortifications, comme s'il y pratiquait une mine. Les assiégés, croyant leurs murs sapés, se rendirent.
2 Pélopidas, général thébain, étant sur le point d'assiéger à la fois deux villes de Magnésie peu éloignées l'une de l'autre, ordonna que, pendant qu'il faisait avancer son armée sous les murs de l'une, quatre cavaliers, ayant des couronnes sur la tête, accourussent à toute bride, comme venant de l'autre camp thébain, pour annoncer la prise de l'autre ville. Afin de mieux encore tromper l'ennemi, il fit mettre le feu à une forêt située dans un lieu intermédiaire, et dont l'embrasement pouvait être pris pour celui de la place. Il voulut, en outre, qu'on lui amenât quelques soldats déguisés en prisonniers. Ces démonstrations jetèrent l'effroi parmi les assiégés, qui, se croyant déjà vaincus sur l'autre point, firent leur soumission.
3 Cyrus, roi de Perse, tenant Crésus enfermé dans la ville de Sardes, fit dresser du côté le moins accessible de la montagne sur laquelle elle était assise, des mâts aussi hauts que cette montagne, surmontés de figures d'hommes ayant le costume des Perses, et les approcha des remparts pendant la nuit; puis, dès la pointe du jour il attaqua la ville du côté opposé, au moment où les premiers rayons du soleil faisaient briller les armes que portaient ces figures. Les assiégés, persuadés qu'ils étaient pris par derrière, s'enfuirent dispersés, laissant la victoire à l'ennemi.
IX. Attaquer du côté où l'on n'est pas attendu.
1 Scipion, assiégeant Carthagène, profita du moment où la marée baissait, pour s'approcher des murailles; et, se disant guidé par Neptune, il traversa un étang dont les eaux avaient suivi le reflux de la mer, et livra l'attaque du côté où il n'était point attendu.