VII Instructions diverses sur la guerre.

I De la discipline.

1 P. Scipion, arrivé devant Numance, releva dans l'armée la discipline[114], qui était tombée par la négligence des chefs précédents. Il renvoya un grand nombre de valets, et ramena les soldats à l'habitude du devoir, en les soumettant chaque jour à de pénibles exercices. Il leur imposait des courses fréquentes, les obligeant à porter les provisions de plusieurs jours, en sorte qu'ils s'accoutumèrent à endurer le froid et la pluie, et à traverser à pied les gués des rivières. Souvent il leur reprochait, leur mollesse et leur manque de courage, et brisait les meubles qu'il trouvait trop recherchés, ou peu utiles dans les expéditions. Il agit de cette manière, notamment à l'égard du tribun C. Memmius, à qui, dit-on, il adressa ces paroles: «Tu ne seras que peu de temps inutile à la république et à moi, mais tu le seras toujours à toi-même.»

2 Q. Metellus, dans la guerre contre Jugurtha, rétablit, par une semblable sévérité, la discipline relâchée de ses troupes, et alla jusqu'à défendre aux soldats d'user d'autre viande que de celle qu'ils auraient eux-mêmes fait rôtir ou bouillir.

3 On rapporte que Pyrrhus dit à son recruteur: «Choisis-les grands; moi, je les rendrai forts.»

4 Sous le consulat de L. Flaccus et de C. Varron, les soldats furent, pour la première fois, obligés au serment. Auparavant les tribuns n'exigeaient d'eux qu'un simple engagement; du reste, ils juraient tous ensemble que la fuite et la crainte ne leur feraient jamais quitter leurs étendards, et qu'ils ne sortiraient des rangs que pour saisir un javelot, frapper un ennemi, ou sauver un citoyen.

5 Scipion l'Africain dit à un soldat dont le bouclier était trop élégamment paré, qu'il n'était pas surpris de voir qu'il eût orné avec tant de soin une arme sur laquelle il comptait plus que sur son épée.

6 Philippe, dès la première organisation de son armée, supprima l'usage des chariots, et n'accorda qu'un valet à chaque cavalier, et un à dix fantassins, pour porter les cordes des tentes et les meules à blé. Quand on entrait en campagne, il faisait porter à chaque soldat de la farine pour trente jours.

7 C. Marius, voulant retrancher les équipages, qui ne sont pour l'armée qu'un très grand embarras, fit mettre en paquets, et attacher sur des fourches, le bagage et les vivres des soldats, qui avaient ainsi un fardeau facile à porter, et dont ils pouvaient aisément se décharger: de là vient le proverbe des mulets de Marius.

8 Lorsque Théagène, général athénien, marchait contre Mégare, les soldats lui ayant demandé leurs rangs, il répondit qu'il les leur donnerait près de la ville; puis il envoya secrètement en avant ses cavaliers, avec ordre de retourner ensuite et de s'avancer, comme des ennemis, contre leurs compagnons. Pendant que cet ordre s'exécutait, il avertit les soldats de se préparer à soutenir l'attaque, et permit d'établir l'ordre de bataille de telle manière que chacun prît la place qu'il voudrait. Les plus lâches s'étant aussitôt portés en arrière, tandis que les plus braves étaient accourus aux premiers rangs, il voulut que chacun gardât dans les lignes la place où il se trouvait alors.