12 Lorsque M. Curius eut vaincu les Sabins, un décret du sénat lui ayant accordé une portion de terre plus grande qu'aux vétérans, il n'accepta que la mesure des simples soldats, et dit qu'il n'appartenait qu'à un mauvais citoyen de ne pas se contenter de ce qui suffisait aux autres.

13 Souvent même une armée entière se fit remarquer par sa tempérance, témoin celle qui était commandée par Scaurus. D'après le rapport de ce général, un arbre fruitier, qui se trouvait à l'extrémité de son camp, dans l'enceinte même, fut, le lendemain, laissé intact avec ses fruits, au départ de l'armée.

14 Pendant la guerre qui se fit sous les auspices de l'empereur César Domitien Auguste Germanicus, guerre allumée dans les Gaules par Julius Civilis, l'opulente cité de Langres, ayant embrassé le parti des factieux, craignait, à l'approche de César, d'être livrée au pillage; mais, respectée contre son attente, et n'ayant éprouvé aucune perte, elle rentra dans le devoir, et me fournit soixante-dix mille combattants.

15 L. Mummius, qui, après la prise de Corinthe, enrichit de tableaux et de statues l'Italie et les provinces conquises, fut si éloigné de prendre pour lui une partie de ce précieux butin, que sa fille, qu'il laissa dans la pauvreté, fut dotée par le sénat aux frais du trésor public.

IV. De la justice.

1 Pendant que Camille assiégeait Faléries, un maître d'école emmena hors des murs, sous prétexte d'une promenade, les enfants qui lui étaient confiés, et alla les livrer aux Romains, auxquels il dit que, pour retirer de pareils otages, la ville se soumettrait à toute condition. Non seulement Camille rejeta l'offre perfide de ce maître, mais encore il lui lia les mains derrière le dos, et le fit reconduire à coups de verges par ses élèves, vers leurs parents. Cette générosité lui valut la conquête qu'il ne voulait pas devoir à une trahison: car les Falisques, admirant sa justice, se rendirent à lui volontairement.

2. Le médecin de Pyrrhus, roi d'Épire, étant venu près de Fabricius, qui commandait l'armée romaine, lui promit d'empoisonner son maître, si on lui accordait une récompense proportionnée à ce service. Fabricius, qui répugnait à fonder ses succès sur un semblable forfait, découvrit au roi les intentions coupables de son médecin; et cette loyauté engagea Pyrrhus à rechercher l'amitié des Romains.

V. De la fermeté de courage.

1 Les soldats de Cn. Pompée ayant menacé de piller les trésors que l'on devait porter dans son triomphe, Servilius et Glaucia l'engagèrent à les leur distribuer, pour prévenir cette révolte. Pompée déclara qu'il renoncerait au triomphe, et qu'il mourrait même plutôt que de céder à l'indiscipline. Puis, après avoir vivement réprimandé les soldats, il leur fit présenter ses faisceaux ornés de lauriers, comme pour les engager à commencer le pillage par ces objets. Ils sentirent l'odieux de leur conduite, et rentrèrent dans l'obéissance.

2 Une sédition s'étant élevée dans l'armée de C. César, au milieu du tumulte de la guerre civile, ce général licencia la légion coupable, au moment même de la plus grande effervescence, et fit frapper de la hache les chefs de la révolte. Peu de temps après les soldats licenciés, ayant sollicité auprès de lui et obtenu leur réintégration, se montrèrent dès lors irréprochables.