O sortant de la mer, crêtes de glaciers incandescentes vers le soir, sillon des oiseaux dans le ciel: dans ce regard, jamais plus.

Ses yeux se seraient-ils lassés? Les apparences sont des adolescentes éternelles.

Ou bien la beauté de la terre ne se corrompt-elle jamais pour cela seulement que les miroirs humains ne se ternissent pas tous, que tel se brise quand il est plus clair?

Surprises dans le sommeil, surprises dans la bataille, inconscientes ou rebelles ou prêtes, les horizons sont pénétrés de jeunesse fauchées, de jeunesses qui ne mûrirent pas, ne se corrompirent pas, sans fruits, sans oeuvres, et ce n'est peut-être que pour cela que les couchants dans le ciel ont toujours des magies d'aurore.

Un peu de chanson, un peu de chanson, qui me dise d'essence sans nom, d'essence seulement, sans explication.

LES CARAVANES

Les saisons se suivent, reviennent identiques; il y a quelque chose qui croît, quelque chose, selon des lois qui paraissent contradictoires, obscures--et combien de temps vivra-t-elle, si, autour d'elle, tandis qu'elle se formait, il y eut des ciels si divers?

Les chairs de la femme savent la lenteur solitaire du temps qui gonfle un ventre et aux innombrables instants rythmés par le double coeur, il y a un terme fixé; mais qui pourra me dire si mon oeuvre sera terminée dans un an ou dans dix autres années, cette oeuvre qui devra ensuite rester immuable, oeuvre mienne, poussière d'étoile?

Et elle est traversée par le vent, par des odeurs de pain chaud, des odeurs de maçonneries mousseuses, des odeurs de copeaux sous le rabot.

Comme suspendue ainsi que des atomes désagrégés, elle est fouettée par un vent de volonté étranges.