Tu as aimé la bonté de son coeur. J'ai aimé la douleur de son âme, la ténacité avec laquelle son âme sait souffrir, même quand elle est dans l'erreur.

Il n'y a pas eu un jour de sa vie, je crois, où il n'ait souffert.

Même quand tu l'as rendu amoureux, lui si triste, et maussade, et non beau, même le jour de vos noces, ne t'illusionne pas.

Il souffrait seul, il était seul avec sa peine, il n'en parlait à personne.

Il ne m'en a pas parlé à moi non plus. Mais j'ai senti que, sa douleur, je l'embrassais toute, en silence moi aussi.

Nous avons été heureux à cause de cela! Quelques heures, quelques jours d'un bonheur que nous ne devions connaître que l'un par l'autre, d'un bonheur douloureux et merveilleux comme la vie.

Il ne croyait pas, avant de m'avoir rencontrée, qu'une femme pouvait aimer la vie, la vie entière, la vie telle qu'elle est, grande et terrible. Et, découvrant cette puissance dans mon âme, il fut comme né une seconde fois, pour jouir et pour souffrir, pour connaître et pour chanter.

Je ne le caressais pas pour qu'il s'endormit, pour qu'il oubliât d'être homme, homme et enfant, avec une musique inexprimable dans le coeur, avec un torturant instinct de grandir sans cesse, et avec la perpétuelle vision de l'heure suprême, peut-être imminente, peut-être encore si lointaine, après laquelle l'âme ne peut plus grandir.

Ma caresse lui disait que son propre tourment était en moi, ma caresse avait le même spasme intense que sa musique, suscitait dans son coeur, en même temps que la joie, en même temps que le doux délire, en même temps que la volupté, oui, toutes les voix de l'infini; et il sentait que ces voix avaient aussi leur écho en moi. Et s'il cherchait mes yeux, il les trouvait grands ouverts, et y voyait rayonner, je le sais, une attente profonde: la mort, la mort!

Écoute, écoute, si tu l'aimes, ne maudis pas ce qui est arrivé.