Pendant une des heures de la journée, tantôt avant, tantôt après le dîner, au bon plaisir des gardiens, avait lieu la promenade.

La susdite visite du soir terminée, Oroboni et moi nous nous mettions à causer, et c’étaient ordinairement là nos entretiens les plus longs. Les entretiens extraordinaires avaient lieu le matin, ou tout de suite après le dîner, mais le plus souvent ils étaient très courts.

Quelquefois les sentinelles étaient si compatissantes qu’elles nous disaient : « Un peu plus bas, messieurs ; autrement la punition tombera sur nous. »

D’autres fois, elles feignaient de ne pas s’apercevoir que nous parlions ; puis, voyant paraître le sergent, elles nous priaient de nous taire jusqu’à ce qu’il fût parti ; et à peine était-il parti qu’elles nous disaient : « Messieurs, vous pouvez causer maintenant, mais le plus bas qu’il vous sera possible. »

Parfois, quelques-uns de ces soldats s’enhardissaient jusqu’à causer avec nous, à satisfaire à nos demandes et à nous donner quelques nouvelles de l’Italie.

A certains de leurs discours nous ne répondions qu’en les priant de se taire. Il était tout naturel que nous doutassions si c’étaient toujours là des épanchements sincères du cœur, ou des pièges pour scruter nos pensées. Néanmoins, j’incline beaucoup plus à croire que ces braves gens parlaient avec sincérité.

CHAPITRE LXXII

Un soir nous avions des sentinelles très bienveillantes, de sorte qu’Oroboni et moi nous ne nous donnions pas la peine d’abaisser la voix. Maroncelli, cramponné à la fenêtre de son souterrain, nous entendit, et distingua ma voix. Il ne put se retenir ; il me salua en chantant. Il me demandait comment j’allais, et m’exprimait avec les paroles les plus tendres son regret de n’avoir pas encore pu obtenir que nous fussions mis ensemble. Cette grâce, je l’avais aussi demandée, mais ni le surintendant du Spielberg ni le gouverneur de Brünn n’avaient qualité pour nous l’accorder. Notre mutuel désir avait été transmis à l’empereur, et aucune réponse n’était encore arrivée.

Outre la fois que nous nous saluâmes en chantant dans les souterrains, j’avais entendu plusieurs fois ses chants de l’étage supérieur, mais sans comprendre les paroles, et pendant quelques instants à peine, parce qu’on ne le laissait pas continuer.

Cette fois, il éleva beaucoup plus la voix ; il ne fut pas aussi vite interrompu, et je compris tout. Il n’y a pas de termes pour exprimer l’émotion que j’éprouvai.