La crainte que j’avais que mes parents ne fussent plus en vie vint quelque temps après à s’augmenter plutôt qu’à diminuer, à la façon dont le directeur de police vint un jour m’annoncer qu’on allait bien chez moi. « S. M. l’empereur, dit-il, m’ordonne de vous communiquer de bonnes nouvelles de ceux de vos parents que vous avez à Turin. »
Je tressaillis de plaisir et de surprise à cette communication, qui ne m’avait jamais été faite jusque-là, et je demandai de plus grands détails.
« J’ai laissé, lui dis-je, mes parents, mes frères et mes sœurs à Turin. Vivent-ils tous ? Ah ! si monsieur a une lettre de l’un d’eux, je le supplie de me la montrer !
— Je ne peux rien montrer. Vous devez vous contenter de cela. C’est toujours une preuve de bienveillance de l’empereur de vous faire dire ces consolantes paroles. Cela ne s’est encore fait pour personne.
— J’avoue que c’est une preuve de bienveillance de l’empereur ; mais vous sentirez qu’il m’est impossible de tirer une consolation quelconque de paroles aussi peu déterminées. Quels sont ceux des membres de ma famille qui se portent bien ? N’en ai-je perdu aucun ?
— Monsieur, je regrette de ne pouvoir vous en dire plus que ce qui m’a été ordonné. »
Et, ayant parlé ainsi, il s’en alla.
On avait eu certainement l’intention de m’apporter du soulagement par cette nouvelle. Mais je me persuadai que, en même temps que l’empereur, cédant aux instances de quelqu’un des miens, avait consenti à ce qu’on me donnât ce renseignement, il n’avait pas voulu qu’on me montrât de lettre, afin que je ne visse pas quels étaient ceux de mes chers aimés qui me manquaient.
Quelques mois après, une communication semblable à la première me fut faite. Aucune lettre, aucune explication de plus.
On vit que je ne me contentais pas de cela, et que j’en restais encore plus affligé, et on ne me dit plus jamais rien de ma famille.