Dans ce déplorable état, il composait encore des vers, il chantait, il discourait ; il faisait tout cela pour me donner des illusions, pour me cacher une partie de ses maux. Il ne pouvait plus digérer ni dormir ; il maigrissait d’une manière épouvantable ; il tombait fréquemment en défaillance ; et cependant il recouvrait par moments toute sa vitalité, et me rendait le courage à moi-même.

Ce qu’il souffrit pendant neuf longs mois ne peut se décrire. Enfin on obtint qu’une consultation serait tenue. Le premier médecin vint ; il approuva tout ce que le médecin avait essayé, et sans émettre son opinion sur la maladie et sur ce qui restait à faire, il s’en alla.

Un moment après, vint le surintendant : il dit à Maroncelli : « Le premier médecin n’a pas osé s’expliquer ici en votre présence ; il craignait que vous n’eussiez pas la force d’entendre annoncer une dure nécessité. Je l’ai assuré que le courage ne vous manquait pas.

— J’espère, dit Maroncelli, en avoir donné quelques preuves en souffrant sans me plaindre ces douleurs déchirantes. Me proposerait-on ?…

— Oui, monsieur, l’amputation. Seulement, le premier médecin, en voyant un corps si affaibli, hésite à la conseiller. Dans un tel état de faiblesse, vous sentirez-vous capable de supporter l’opération ? Voulez-vous vous exposer au danger ?…

— De mourir ? Et ne mourrai-je pas également si on ne met pas un terme à ce mal ?

— Nous ferons donc tout de suite un rapport à Vienne sur tout cela, et aussitôt la permission d’amputer venue…

— Quoi ! il faut une permission ?

— Oui, monsieur. »

Au bout de huit jours le consentement attendu arriva.