« Messieurs… j’ai le plaisir… j’ai l’honneur… de vous signifier… que S. M. l’empereur a fait encore… une grâce… »
Et il hésitait à nous dire quelle grâce c’était. Nous pensions que c’était quelque diminution de peine, comme d’être exempts de l’ennui de travailler, d’avoir quelque livre de plus, d’avoir des aliments moins dégoûtants.
« Mais vous ne comprenez pas ? dit-il.
— Non, monsieur. Ayez la bonté de nous expliquer quelle sorte de grâce est celle-ci.
— C’est la liberté pour vous deux, et pour un troisième que vous embrasserez avant peu. »
Il semble que cette nouvelle aurait dû nous faire éclater de joie. Notre pensée courut tout de suite à nos parents, dont nous n’avions pas de nouvelles depuis tant de temps ; et le doute où nous étions de ne plus les retrouver peut-être sur la terre nous serrait tellement le cœur, qu’il annula le plaisir qu’aurait dû susciter l’annonce de la liberté.
« Ils sont muets ? dit le directeur de police. Je m’attendais à les voir exulter de joie.
— Je vous prie, répondis-je, de faire part à l’empereur de notre gratitude ; mais, si nous n’avons pas de nouvelles de nos familles, il nous est impossible de ne pas craindre d’avoir perdu des personnes bien chères. Cette incertitude nous oppresse, même au moment qui devrait être celui de la plus grande joie. »
Il donna alors à Maroncelli une lettre de son frère qui le consola. A moi il dit qu’il n’avait rien de ma famille ; et cela me fit d’autant plus craindre qu’il n’y fût arrivé quelque malheur.
« Que ces messieurs, poursuivit-il, aillent dans leur chambre, et avant peu je leur enverrai le troisième prisonnier qui a été gracié. »