« Allons à Novare, dis-je au voiturier.

— Ayez la bonté d’attendre un moment », dit un carabinier.

Je vis que je n’étais pas encore libre, et je m’en affligeai, craignant que cela ne retardât mon arrivée à la maison paternelle.

Après plus d’un quart d’heure, parut un monsieur qui me demanda la permission d’aller à Novare avec moi. Il avait manqué une autre occasion ; maintenant il n’y avait plus d’autre véhicule que le mien ; il était bien heureux que je lui donnasse la permission d’en profiter, etc., etc.

Ce carabinier déguisé était d’humeur aimable, et me tint bonne compagnie jusqu’à Novare. Arrivés dans cette ville, tout en feignant de vouloir que nous descendissions dans une auberge, il fit conduire la voiture dans la caserne des carabiniers, et là on me dit qu’il y avait un lit pour moi dans la chambre d’un brigadier, et que je devais attendre les ordres supérieurs.

Je pensais pouvoir partir le jour suivant ; je me mis au lit, et, après avoir causé un peu avec mon hôte le brigadier, je m’endormis profondément. Depuis longtemps je n’avais pas dormi aussi bien.

Je m’éveillai vers le matin, je me levai promptement, et les premières heures me semblèrent longues. Je fis collation, je causai, je me promenai dans la chambre et sur la terrasse ; je donnai un coup d’œil aux livres de mon hôte ; enfin on m’annonça une visite.

Un officier très gracieux vint me donner des nouvelles de mon père, et me dire qu’il y avait à Novare une lettre de lui, et qu’on me l’apporterait bientôt. Je lui fus souverainement obligé de cette aimable courtoisie.

Il s’écoula quelques heures qui me parurent éternelles, et la lettre arriva enfin.

Oh ! quelle joie de revoir ces caractères chéris ! quelle joie d’apprendre que ma mère, mon excellente mère, vivait encore ! que mes deux frères et ma sœur aînée vivaient aussi ! Hélas ! la cadette, cette Marietta qui s’était faite religieuse de la Visitation, et de laquelle j’avais reçu en secret des nouvelles dans ma prison, avait cessé de vivre depuis neuf mois.