Cette défense, je me proposais de la faire peu à peu, et, en attendant, je la commençais, analysant avec fidélité l’essence du christianisme : — culte de Dieu, abolition de la superstition ; — fraternité entre les hommes, aspiration perpétuelle à la vertu ; — humilité sans bassesse, dignité sans orgueil ; — type, un Homme-Dieu ! Quoi de plus philosophique et de plus grand ?
J’entendais ensuite démontrer comment une telle sagesse s’était plus ou moins faiblement répandue parmi tous ceux qui, avec les lumières de la raison, avaient cherché le vrai, mais ne s’était jamais épanchée dans tout l’univers ; et comment le divin Maître, étant venu sur la terre, donna un signe merveilleux de soi-même, en opérant cette diffusion avec les moyens humainement les plus faibles. Ce que les plus grands philosophes ne purent pas faire, la destruction de l’idolâtrie et la prédication générale de la fraternité, fut accompli par quelques grossiers disciples. Alors l’émancipation des esclaves devint de plus en plus fréquente, et finalement apparut une société sans esclaves, état de société qui avait paru impossible aux anciens philosophes.
Une revue de l’histoire, depuis Jésus-Christ jusqu’à ce jour, devait en dernier lieu démontrer comment la religion établie par lui s’était toujours adaptée à tous les degrés possibles de civilisation. D’où il est faux que, la civilisation continuant à progresser, l’Évangile ne puisse plus s’accorder avec elle.
J’écrivis en très petits caractères et très longuement ; mais je ne pus toutefois aller bien loin sans que le papier me manquât. Je lus et relus mon introduction, et elle me sembla bien faite. Il n’y avait pas une seule phrase de ressentiment pour les sarcasmes de Julien, et les expressions de bienveillance abondaient, et elles avaient été dictées par le cœur déjà pleinement revenu à la tolérance.
J’envoyai la lettre, et le matin suivant j’en attendais la réponse avec anxiété.
Tremerello vint et me dit :
« Ce monsieur n’a pas pu écrire, mais il prie Monsieur de continuer la plaisanterie !
— Plaisanterie ? m’écriai-je. Eh ! il n’aura pas dit plaisanterie ! Vous aurez mal compris. »
Tremerello haussa les épaules : « J’aurai mal compris.
— Mais il vous semble vraiment qu’il a dit plaisanterie ?