« Tu es Silvio Pellico ?
— Oui, et vous, chers petits enfants ?
— Moi je m’appelle Antoine S… et mon frère, Joseph. »
Puis il se retournait et disait : « Quelle autre chose dois-je lui demander ? »
Et une dame, que je supposai devoir être leur mère, et qui se tenait à moitié cachée, suggérait de gracieuses paroles à ces chers enfants, et eux me les disaient, et moi je les en remerciais avec la plus vive tendresse.
Ces conversations étaient peu de chose, et il ne fallait pas en abuser, pour ne pas faire crier le geôlier, mais chaque jour elles se répétaient à ma grande consolation, le matin, à midi et le soir. Quand on allumait les lumières, cette dame fermait la fenêtre, les enfants criaient : « Bonne nuit, Silvio ! » et elle, rendue courageuse par l’obscurité, répétait d’une voix émue : « Bonne nuit, Silvio ! courage ! »
Quand ces enfants déjeunaient ou qu’ils prenaient leur goûter, ils me disaient : « Oh ! si nous pouvions te donner de notre café au lait ! Oh ! si nous pouvions te donner de nos gâteaux ! Le jour où tu seras en liberté, souviens-toi de venir nous voir ! Nous te donnerons des gâteaux bons et tout chauds, et tant de baisers ! »
CHAPITRE XLIV
Le mois d’octobre était le retour du plus cruel de mes anniversaires. J’avais été arrêté le 13 du même mois de l’année précédente. Quelques tristes souvenirs me revenaient en outre dans ce mois. Deux ans auparavant, en octobre, s’était noyé, par un funeste accident, dans le Tessin, un galant homme que j’estimais beaucoup. Trois ans auparavant, en octobre, s’était tué involontairement avec un fusil Odoard Briche, jeune homme que j’aimais comme si c’eût été mon fils. Dans le temps de ma première jeunesse, en octobre, une autre grande affliction m’avait frappé.
Bien que je ne sois pas superstitieux, la rencontre fatale dans ce mois de souvenirs si douloureux me rendait fort triste.