Comment qualifier ce martyre ? Suffit-il de dire que c’était une maladie ? Ou bien était-ce en même temps un châtiment divin pour abattre mon orgueil, et me faire connaître que, sans une lumière particulière, je pouvais devenir incrédule comme Julien, et plus insensé que lui ?
Quoi qu’il en soit, Dieu me délivra d’un tel mal au moment où je m’y attendais le moins.
Un matin, après avoir pris mon café, survinrent des vomissements violents et des coliques. Je pensai qu’on m’avait empoisonné. Après la fatigue causée par les vomissements, j’étais tout en sueur, et je restai au lit. Vers midi je m’assoupis, et je dormis paisiblement jusqu’au soir.
Je me réveillai, surpris de tant de calme ; et comme il me parut que je n’aurais plus sommeil, je me levai. « En restant levé, dis-je, je serai plus fort contre les terreurs accoutumées. »
Mais les terreurs ne vinrent pas. J’en éprouvai une véritable jubilation, et dans la plénitude de ma reconnaissance, revenant au sentiment de Dieu, je me jetai à terre pour l’adorer, et lui demander pardon de l’avoir renié pendant plusieurs jours. Cette effusion de joie épuisa mes forces, et étant resté quelque temps à genoux, appuyé à une chaise, je fus repris par le sommeil, et je m’endormis dans cette position.
Sur quoi, je ne sais si ce fut au bout d’une ou de plusieurs heures que je m’éveillai à moitié, mais à peine eus-je le temps de me jeter tout vêtu sur mon lit, et je me rendormis jusqu’à l’aurore. Je restai encore toute la journée dans une espèce de somnolence ; le soir, je me couchai promptement, et je dormis la nuit entière. Quelle crise s’était-il opéré en moi ? Je l’ignore, mais j’étais guéri.
CHAPITRE XLVII
Les nausées dont mon estomac souffrait depuis longtemps cessèrent ; mes douleurs de tête cessèrent aussi, et il me vint un appétit extraordinaire. Je digérais parfaitement, et mes forces revenaient. Admirable Providence ! Elle m’avait enlevé mes forces pour m’humilier ; elle me les rendait parce que s’approchait l’époque des sentences, et qu’elle voulait que je ne succombasse pas à leur annonce.
Le 24 novembre, un de nos compagnons, le docteur Foresti, fut enlevé des prisons des Plombs et transporté nous ne savions où. Le geôlier, sa femme et les guichetiers étaient atterrés ; aucun d’eux ne voulait me faire la lumière sur ce mystère.
« Et que veut savoir monsieur, me disait Tremerello, s’il n’y a rien de bon à savoir ? Je lui en ai déjà trop dit, je lui en ai déjà trop dit.