— Vous êtes un brave homme, et je respecterai ce que vous regardez comme un devoir de conscience. Celui qui agit dans la sincérité de sa conscience peut se tromper, mais il est pur devant Dieu.

— Pauvre monsieur ! ayez patience, et plaignez-moi. Je serai ferme dans mes devoirs, mais le cœur… le cœur est plein de regrets de ne pouvoir soulager les malheureux. Voilà la chose que je voulais dire à monsieur. »

Nous étions émus tous les deux. Il me supplia d’être calme, de ne pas me mettre en fureur, comme font souvent les condamnés ; de ne pas le contraindre à me traiter durement.

Il prit ensuite un accent rude, comme pour me cacher une partie de sa pitié, et dit :

« Maintenant il faut que je m’en aille. »

Puis il revint sur ses pas, me demandant depuis combien de temps je toussais d’une façon si misérable, et il laissa échapper une grosse malédiction contre le médecin, parce qu’il n’était pas venu le soir même me visiter.

« Monsieur a une fièvre de cheval, ajouta-t-il ; je m’y connais. Il aurait au moins besoin d’une paillasse, mais tant que le médecin ne l’a pas ordonné, nous ne pouvons pas la lui donner. »

Il sortit, referma la porte, et moi je m’étendis sur les dures planches, en proie à la fièvre et avec une forte douleur à la poitrine, mais moins exaspéré, moins ennemi des hommes, moins éloigné de Dieu.

CHAPITRE LX

Le soir, vint le surintendant, accompagné de Schiller, d’un autre caporal et de deux soldats, pour faire une perquisition.