— Der Teufel ! Et monsieur ne veut pas me le promettre ?
— Non, non, non ! » m’écriai-je.
Il jeta à terre son bruyant trousseau de clefs et répéta : « Der Teufel ! der Teufel ! » Puis il se précipita pour m’embrasser.
« Eh bien ! dois-je cesser d’être homme pour ces canailles de clefs ? Monsieur est un homme comme il faut, et je suis content qu’il ne veuille pas me promettre ce qu’il ne tiendrait pas. J’en ferais autant, moi. »
Je ramassai les clefs et je les lui donnai.
« Ces clefs, lui dis-je, ne sont pas si canailles, puisque, d’un honnête caporal que vous êtes, elles ne peuvent pas faire un méchant sbire.
— Et si je croyais qu’elles pussent le faire, répondit-il, je les porterais à mes supérieurs, et je dirais : « Si on ne veut pas me donner d’autre pain que celui de bourreau, j’irai demander l’aumône. »
Il tira son mouchoir de sa poche, s’essuya les yeux, puis les tint levés, les mains jointes comme s’il priait. Je joignis les miennes, et je priai comme lui en silence. Il comprenait que je faisais des vœux pour lui, comme je comprenais qu’il en faisait pour moi.
En s’en allant, il me dit à voix basse : « Quand monsieur causera avec le comte Oroboni, qu’il parle le plus bas qu’il pourra. Il y trouvera deux avantages : l’un de m’épargner les reproches de monsieur le surintendant, l’autre de ne pas laisser surprendre quelque conversation… dois-je le dire ? quelque conversation qui, rapportée, ne pourrait qu’irriter encore celui qui peut punir. »
Je l’assurai qu’il ne sortait jamais de nos lèvres un mot qui, répété à qui que ce soit, pût offenser.