Portrait du Philosophe Jacques Massé, Tiré de la Bibliothéque de Mylord Bulinbroke.


LETTRE DE L'EDITEUR,

A M***.

Monsieur,

Voici le Voyage dont on vous a parlé, & que vous avez souhaité de voir. Il m'est tombé entre les mains par une espéce de hazard que je vous raconterai une autrefois; mais dès que je l'eûs commencé, je ne pûs le quitter qu'après l'avoir lû d'un bout à l'autre. J'y ai trouvé tant de choses agréables & intéressantes, & tant de choses instructives sur plusieurs matiéres de Philosophie, que j'ai été très-satisfait de cette lecture. Plusieurs de mes Amis, Gens d'esprit & de savoir, ne l'ont pas été moins que moi; ainsi je m'assure, MONSIEUR, que vous le lirez avec le même plaisir.

Je vous avouë qu'à la premiére lecture, je soupçonnois que l'Auteur s'étoit servi du privilége des Voyageurs, en mêlant à sa Relation un peu de Romanesque: mais après une seconde lecture, & un examen plus particulier, je n'y ai rien trouvé que de fort naturel & de très-vraisemblable. Et cet air de candeur & de bonté qu'on trouve par tout dans ce bon Vieillard qui en est l'Auteur, a achevé de me convaincre.

Il y a des endroits dans certaines conversations sur des matiéres de Religion, qui m'ont paru d'abord un peu forts: mais les ayant examinez de plus près, & voyant que l'Auteur, qui a toûjours tenu ferme pour sa Religion, en a fait voir presque toûjours la foiblesse ou la fausseté, j'ai crû qu'il n'y auroit rien qui pût ébranler un homme bien instruit dans la Foi Chrétienne, qui est, Dieu merci; assez bien fondée pour ne rien craindre des attaques Libertins ou des Infidéles. Ainsi nous n'avons pas besoin d'employer d'indignes artifices, pour cacher la force des raisonnemens qu'on fait contre nous, comme si nous avions une mauvaise cause à défendre.

Je suis, &c.