Rapin de Thoyras[A]A: Dans les Remarques sur le premier Volume des Actes de Rymer. attribue la division qu'il y eut entre Henri III & les Barons, à ce que les Ministres de ce Monarque avoient tenté de les priver des droits que la grande Charte leur accordoit. Ces priviléges consistoient sur-tout dans la possession perpétuelle & héréditaire des Fiefs que Guillaume le Conquérant leur avoit donnés, possession dont Henri III vouloit se rendre le maître absolu. Depuis Guillaume le Conquérant jusqu'à Henri III, les Loix féodales ont donc toujours été en vigueur en Angleterre; & si le Peuple desiroit & obtenoit à chaque nouveau regne le rétablissement des Loix d'Edouard, les Seigneurs avoient intérêt que celles du Conquérant fussent maintenues. De-là au commencement de quelques regnes on voit les Loix d'Edouard rétablies en apparence, & dans le cours de ces regnes, les Loix féodales, qui avoient été introduites par la Conquête, reprendre le dessus. Enfin rien ne prouve mieux que ces Loix sont les seules sources dont les Coutumes actuelles des Anglois sont émanées, que le peu de rapport qu'il y a entre ces Coutumes & les Loix, tant d'Edouard que de ses Prédécesseurs.

FIN.

DICTIONNAIRE

DES MOTS LES MOINS INTELLIGIBLES

DU TEXTE DE LITTLETON.

Pasquier, Livre 18 de ses Recherches, au mot Couvrefeu, dit que dans l'Ouvrage de Littleton il y a plus de paroles Normandes que d'Angloises. Cette observation a pu faire croire jusqu'ici qu'il falloit sçavoir l'Anglois pour entendre Littleton: le Texte de ce Jurisconsulte, en devenant moins rare, dissipera certainement ce préjugé.

L'idiome dont Littleton s'est servi est purement Normand. Il ne paroît Anglois que parce que la plupart des termes François qui étoient en usage au commencement de notre Monarchie, ont passé en Angleterre avec les Loix de notre Nation. Il faut cependant convenir que les expressions du Jurisconsulte Anglois different beaucoup des façons de parler qui se rencontrent dans les Actes ou Ecrits antérieurs ou postérieurs au temps où il vivoit, mais ceci doit seulement nous faire appercevoir combien il seroit important que l'on déterminât les époques du langage qui a été spécialement adopté dans chaque siecle: sans cette opération, il ne sera jamais possible d'appercevoir les divers degrés par lesquels notre Langue est parvenue au point de perfection où nous la voyons maintenant.

Le défaut de la plupart de nos Vocabulaires consiste en ce qu'ils ont eu pour objet l'interprétation de tous les mots qui ne sont plus aujourd'hui d'usage. De-là ceux qui ont rédigé ces Vocabulaires ont puisé indistinctement dans tous les Ecrits ou dans tous les Titres qui leur ont offert des expressions surannées en plus grand nombre; mais ils n'ont pas réfléchi sur le danger de cette méthode. -----File: 434.png--- P. 430

Satisfaits d'avoir découvert un sens dont un mot a été susceptible pendant un certain temps, ils ont négligé d'examiner si on n'avoit pas cessé dans la suite d'attacher le même sens à ce mot. D'où il arrive que ceux qui suivent trop scrupuleusement leurs interprétations sont induits à faire souvent signifier aux choses le contraire de ce qu'elles désignent.