Elle se lia dans le cours de la révolution avec l'abbé Lemonnier, ancien chapelain de la Sainte-Chapelle de Paris; il était vraiment curieux d'entendre converser cette femme spirituelle avec cet ingénieux fabuliste; tous deux semblaient rajeunir par les grâces de l'esprit; leur conversation était une joûte continuelle de bons mots et de saillies piquantes. Elle disait que «de tous les gens A FABLES (affables) qu'elle avait connus, l'abbé Lemonnier était le plus aimable.»
Quoiqu'elle eût vécu dans sa jeunesse au milieu des plus brillans élèves de Terpsichore, elle n'eut jamais aucun goût pour la danse. «A quoi sert, disait-elle, de savoir danser si ce talent multiplie les FAUX PAS?» Elle était souvent entourée de poëtes, la poésie lui offrait même des charmes, et jamais elle n'a pu composer un seul vers. Elle disait plaisamment à ce sujet: «Si dans ma vie j'ai fait quelques vers, il ne me sont pas sortis de la tête.»
Pendant longtemps Sophie vit naître autour d'elle tous les agrémens que procure l'opulence: l'indépendance était à ses yeux le premier des biens; et elle refusa plusieurs partis qui eussent pu séduire son ambition si elle n'eût mis les plaisirs du cœur au-dessus des calculs de l'intérêt[90]. Son âme voluptueuse considérait l'amour comme le plus agréable épisode du roman de la vie, et l'hymen comme l'éteignoir de l'amour.
Elle conserva dans ses dernières années tout le feu de ses beaux yeux, au point qu'on pouvait y lire toute son histoire; et malgré une maladie cruelle qui la faisait beaucoup souffrir, son esprit montra toujours le même enjouement. On la félicitait de posséder encore cet heureux don de la nature. «Hélas! dit-elle, tout passe avec l'âge, une vieille femme n'est plus qu'une VIELLE organisée.»
Le 22 octobre 1802, peu d'heures avant de mourir, elle disait au curé de Saint-Germain-l'Auxerrois qui lui avait administré tous les sacremens: «Je suis comme Madeleine, beaucoup de péchés me seront remis, parce que j'ai beaucoup aimé.»
Sophie Arnould joignit aux talens qu'elle déploya sur la scène ce que l'étude ne donne pas, cet esprit vif et brillant qui s'échappe comme par éclairs, et qui dans ses saillies porte le caractère de la réflexion. Cette femme rare fut vivement regrettée de tous ceux qui l'avaient connue, des mélomanes pour ses talens, des gens d'esprit pour sa conversation, et de ses amis pour son bon cœur. L'un de ces derniers composa pour elle les vers suivans:
La plus charmante des actrices