Mlle Defresne, fille d'une blanchisseuse de Paris, était citée en 1735 comme une des plus jolies personnes qu'on pût voir; sa beauté fit sa fortune, et après avoir longtemps circulé dans le monde elle épousa le marquis de Fleury, qui lui vendit son nom et ses titres moyennant une pension viagère. Depuis cette mutation Mme la marquise de Fleury eut des armoiries, des gens qui portaient la queue de sa robe, et un carreau à l'église. Un jour qu'elle étalait à Saint-Roch son faste et son hypocrisie, Sophie dit à quelqu'un: «Examinez donc cette nouvelle marquise; elle devient dévote à vue d'œil; elle prie Dieu quand on la regarde.»


Une actrice de l'Opéra vivait avec un joueur qui lui mangeait tout ce qu'elle gagnait. Sophie, la voyant recourir souvent aux emprunts, lui dit:—Ton amant te ruine; comment peux-tu rester avec lui?—Cela est vrai; mais c'est un si bon diable! «Je ne m'étonne plus, reprit sa camarade, si tu t'amuses à tirer le diable par la queue


M. de Sennecterre, devenu aveugle, donna en 1762 une pastorale intitulée Hylas et Zélie; les paroles en sont plates, la musique pauvre, et les ballets insignifians. Mlle Arnould dit que ce spectacle était un opéra d'aveugle fait pour être entendu par des sourds.


Il est des femmes chez lesquelles règne une bonté d'âme incompatible avec des rigueurs constantes; elles n'ont pas la force de résister ni le courage de refuser. La tendre Gaussin[10] était de ce caractère; jamais un refus n'est sorti de sa bouche. On disait que Chévrier avait recueilli les noms de mille trois cent soixante-douze soupirans auxquels cette actrice généreuse avait rendu service: «Cela prouve un grand cœur, observa Sophie; mais qui sert tout le monde n'oblige personne

Un Anglais qui faisait la cour à Mlle Beaumenard vint prier Sophie de le raccommoder avec cette actrice.—Qui vous a donc brouillé?—Vous savez bien qu'elle avait un épagneul; ce petit animal venait toujours me mordre les jambes; je lui ai donné un coup de pied, et il en est mort.—Ah, milord, quel coup de pied!—Cela est vrai; mais, voulant réparer le mal, je lui ai porté un joli petit chien anglais.—Hé bien?—Hé bien, elle a pris la petite bête, l'a jetée par la fenêtre, et il est resté mort sur le pavé.—Encore! répartit Sophie; «mais c'est le massacre des innocens que cette histoire-là

Il se trouvait à Paris en 1763 un arrière petit-fils de Racine par les femmes. Comme il ne restait aucun mâle, et que le dernier mort et son fils avaient très-peu joui de leurs entrées au théâtre Français, ce jeune homme crut pouvoir recueillir cette espèce de succession littéraire, et attendre cette grâce du respect et de la reconnaissance des comédiens pour leur bienfaiteur; mais ces messieurs, sous prétexte qu'une telle faveur nuirait à leurs intérêts, refusèrent tout net les entrées au descendant de Racine. Mlle Arnould dit en apprenant cette lésinerie: «Qu'est-ce qu'une ENTRÉE de plus ou de moins pour des gens qui vivent de Racine.»