Mlle Durancy était meilleure actrice que chanteuse: ayant eu des différends avec les directeurs de l'Opéra, qui ne prisaient pas assez ses talens, elle rentra à la Comédie française en 1766, pour doubler Mlle Dubois, qui succédait à Mlle Clairon comme chef d'emploi; mais bientôt la jalousie de sa rivale la força de retourner à l'Opéra. Sophie disait de cette transfuge: «De tous les auteurs que Durancy a essayés les Français sont encore ceux qu'elle préfère.»
Clairval, célèbre acteur de l'Opéra-Comique, avait été dans sa jeunesse garçon perruquier. La beauté de son physique lui procura beaucoup d'aventures galantes; celle qu'il eut avec la duchesse de Stainville fit beaucoup de bruit. Quelqu'un racontait à Sophie que M. de Stainville avait fait dire à ce comédien qu'il lui ferait donner cent coups de bâton, s'il revoyait sa femme: «Quelle impertinence! dit-elle; cet homme-là mériterait bien que Clairval lui LAVAT LA TÊTE.»
Un danseur de l'Opéra briguait les faveurs d'une jeune figurante, nommée Chardon; un jour de répétition il s'avisa de lui chanter un couplet de sa façon, mais d'une voix si fausse, que toutes les oreilles se redressèrent. «Vous l'entendez dit Sophie; il fait l'âne pour avoir du chardon.»
Le marquis de Prest, après avoir longtemps soupiré pour Sophie, obtint enfin le bonheur de passer quelques heures avec elle; mais le pauvre marquis employa fort mal son temps. Depuis cette séance, lorsqu'elle parlait de lui, elle citait ce vers de La Fontaine:
De loin c'est quelque chose et de près ce n'est rien.
Mlle Vestris, danseuse à l'Opéra, italienne de naissance, et dont les goûts divers étaient très connus, se récriait sur la fécondité de sa camarade Rey, et ne concevait pas comment cette fille s'y laissait prendre si facilement:—«Tu en parles bien à ton aise, dit Sophie; une souris...» (le reste est connu).