Dauberval, célèbre danseur de l'Opéra et compositeur du charmant ballet de la Fille mal gardée, s'était chargé de l'éducation théâtrale d'une jolie figurante. Un jour qu'elle avait dansé un nouveau pas, Dauberval dit à ses camarades d'un air satisfait:—Trouvez-vous que mon élève ait fait des progrès?—Sophie Arnould s'apercevant que l'embonpoint de cette danseuse s'augmentait chaque jour, répondit aussitôt:—Une écolière docile doit profiter à vue d'œil sous un maître tel que vous.


Un officier aux gardes nommé de la Roirie devint éperdument amoureux de Mlle Beaumesnil[63], actrice de l'Opéra, l'enleva à son oncle qui l'entretenait, et non content de cet exploit, voulut l'épouser. Ce jeune fou fit part à Sophie de son projet; elle tâcha de l'en détourner, et finit par lui dire: «Prenez-y garde, le cœur d'une femme galante est comme une rose dont chaque amant emporte une feuille; il ne reste bientôt plus que l'épine au mari.»

M. Gruet, avocat en parlement, et M. A. M., gendre de Mlle Arnould, ont remporté en 1776 le prix de l'Académie française. Tous les deux, par un pur hasard, avaient choisi pour sujet les Adieux d'Hector et d'Andromaque. M. A. M., engoué de ce brillant succès, dit à sa belle-mère:—Si je ne suis pas de l'Académie à trente ans, je me brûle la cervelle.—Taisez-vous, cerveau brûlé, répartit Sophie.


Ce littérateur a fait plusieurs pièces de théâtre, dont une en vers intitulée le Rendez-Vous du Mari, fut représentée en 1780. Il joua lui-même, au Théâtre-Français en 1791, le rôle de Nasser dans sa tragédie d'Abdelasis et Zuleima, et il réclama l'indulgence du public dans une fable qu'il lui adressa. Une partie des Œuvres poétiques de M. A. M. a été imprimée en 1808, sous le titre d'Année champêtre. On y trouve les vers suivans destinés pour le portrait de Sophie Arnould:

Ses grâces, ses talens ont illustré son nom;

Elle a su tout charmer, jusqu'à la jalousie:

Alcibiade en elle eût cru voir Aspasie,

Maurice, Lecouvreur; et Gourville, Ninon.