Mlle Arnould voulut plusieurs fois quitter le théâtre par boutade; elle disait à ceux qui s'étonnaient que la gloire n'eût plus de charmes pour elle: «Quand on a passé les deux tiers de sa vie au grand jour, il est sage de passer le reste à l'ombre.»
Mlle d'Eon de Beaumont fut un personnage extraordinaire: on la vit successivement avocat, guerrier, ambassadeur et écrivain politique. Ses parens désirant un fils, cachèrent, dit-on, son sexe, la vêtirent en homme et lui en donnèrent l'éducation. L'incertitude de son état devint le sujet d'un pari et d'un procès considérable, qui fut terminé au banc du roi, d'après les déclarations de Mlle d'Eon, qui s'avoua pour femme. Elle vint à Paris en 1777, et parut à la cour en costume féminin, avec la croix de Saint-Louis. Quoi qu'il en soit, le sexe de la chevalière d'Eon est encore un problême pour beaucoup d'incrédules. Lorsque Sophie rencontrait cette amazone parée de sa décoration, elle disait en souriant: «Voici le mystère de la CROIX.»
Le comte de Maurepas[69], que Louis XVI rappela au ministère en montant sur le trône, était un grand amateur de jolies filles, et allait souvent à l'Opéra, comme le magasin de cette marchandise. La vieillesse ne lui avait point ôté ce goût-là, et les soucis du gouvernement lui rendaient un tel plaisir encore plus nécessaire. Ce ministre aimait aussi beaucoup les ouvrages graveleux, et M. Amelot, pour lui plaire, faisait, dit-on, ramasser dans Paris toutes les chansons gaillardes et autres opuscules de ce genre, que la licence des mœurs faisait éclore. M. de Maurepas disait un soir au foyer de l'Opéra:—Dans ma jeunesse, quand on voulait des femmes, il n'y avait qu'à se baisser et en prendre.—Mais aujourd'hui, Monseigneur, répartit Sophie, on n'en prend plus que quand on se relève.
Mme de C. avait conservé dans un âge avancé une profonde sensibilité; elle était surtout très indulgente pour les faiblesses de son sexe. Un jour elle disait à ce sujet:—Quelle est la femme qui peut se vanter de résister à l'émotion de ses sens et aux instances d'un homme qui lui plaît, réunis à l'occasion? La plus vertueuse est celle à qui pour cesser de l'être, une de ces circonstances a manqué.—Mlle Arnould applaudit beaucoup à ce discours, et dit en regardant Mme de C.:—On voit bien que l'Amour a passé par-là.
Voltaire écrivait de Ferney, le 9 novembre 1777: «Vous avez vu ici le mariage de M. de Florian, vous verriez aujourd'hui celui de M. le marquis de Villette. Je dis marquis, parce qu'il a effectivement une terre érigée en marquisat par le roi pour lui, comme seigneur de sept grosses paroisses, suivant les lois de l'ancienne chevalerie; il est, en outre, possesseur de 40,000 écus de rentes; il partage tout cela avec Mlle de Varicourt, qui demeure chez Mme Denis. La jeune personne lui apporte en échange dix-sept ans, de la naissance, des grâces, de la vertu, de la prudence; M. de Villette fait un excellent marché.»