Un jour qu'elle avait déployé dans un cercle brillant toutes les grâces de son esprit, une dame, connue par son amabilité, lui dit avec enthousiasme:—Jamais, Mademoiselle, je n'ai entendu parler avec autant de charmes.—Madame n'est donc pas une femme qui s'écoute? répondit-elle.
Voltaire, dans ses derniers jours, ne pouvait voir sans un violent chagrin qu'on se permît à l'Opéra d'estropier nos belles tragédies; il entendait parler d'Electre; il tremblait pour Alzire, pour Sémiramis, pour Tancrède. «J'approuve fort M. de Voltaire, dit Sophie; un bon père doit craindre que ses enfans ne se gâtent à l'Opéra.»
Le comte de Merci Argenteau, ambassadeur d'Autriche, devint tellement amoureux de Mlle Levasseur, qu'il lui acheta une baronnie de 25,000 liv. de rentes, lui fit construire un hôtel, et la combla de biens. Son excellence voulut en 1779 la faire renoncer à l'Opéra; mais l'amour de son art l'empêcha d'y consentir, et elle ne se retira qu'en 1788. Cette actrice fut pendant quelques années l'un des soutiens des ouvrages de Gluck. Un jour que l'on donnait Alceste, un détracteur de cette nouveauté s'écria au second acte:—Ah! Rosalie, vous m'arrachez les oreilles.—Ah! Monsieur, quelle fortune, répliqua Sophie, si c'était pour vous en donner d'autres!
M. de J. possédait en même temps la feuille des bénéfices et la maigre G.[76]. Ce voluptueux prélat lui portait beaucoup d'intérêt, et partageait avec elle et une de ses nièces le fruit de ses simonies. Sophie disait de sa camarade G.: «Je ne conçois pas comment ce petit ver à soie n'est pas plus gras; il vit sur une si bonne FEUILLE!»
Voltaire, peu de temps avant sa mort, voulant faire jouer sa tragédie d'Irène, toute la troupe des comédiens français alla chez lui. Le poëte dit à Mme Vestris qui devait remplir le rôle principal:—Madame, j'ai travaillé pour vous cette nuit comme un jeune homme de vingt ans.—Sophie Arnould, présente à cette audience, reprit avec sa malice ordinaire:—Au moins, ce n'a pas été sans rature.