Tant qu'un autre amour ne venait pas troubler cette association inégale, c'était une assez douce condition pour celui qui l'avait acceptée; mais, dès que le trop aimé devenait infidèle, les soupçons, les reproches, les querelles la rendaient bientôt insupportable. Une rupture s'en suivait ordinairement, et l'expérience de cette disgrâce humiliante ne sauvait pas la princesse de Waldemar d'y retomber.
Fière de traîner à son char un homme charmant dont les jeunes femmes enviaient les hommages, elle s'efforçait de rendre sa maison agréable pour l'y retenir et lui ôter toute idée d'aller s'amuser ailleurs. Cela lui réussit jusqu'au moment où, s'apercevant des fréquentes absences du prince de P…, elle lui demanda ce qu'il faisait des soirées qu'il lui consacrait autrefois, et quelle était l'heureuse personne qui l'accaparait au point de lui faire délaisser ses amis.
Le prince s'étendit sur le plaisir d'entendre un reproche si flatteur, et balbutia quelques mots évasifs sur les visites qu'il était obligé de faire à une de ses anciennes connaissances, nouvellement arrivée à Bruxelles.
—Ah! vous faites le mystérieux, dit la princesse, eh bien, cela doublera notre curiosité à savoir le nom, la patrie et les dieux de votre belle, car vous êtes encore bien capable d'une charmante folie.
—Vous me flattez, madame, et je voudrais être digne de…
—Tout cela ne répond pas à la question, mon cher prince, interrompit le vieux duc de R…, vous avez sans doute vos raisons pour être discret; moi, qui n'en ai pas, j'apprendrai à la princesse la cause de l'abandon où vous nous laissez depuis quelque temps; c'est tout bonnement à une fort jolie femme qu'il nous sacrifie.
—Son nom?… dites-nous vite son nom! s'écrièrent plusieurs voix ensemble.
—Son nom! voilà justement le difficile, dit le duc.
—Quoi? vous ne le savez pas?
—Si fait, vraiment; mais c'est qu'on n'est pas encore bien décidé sur celui qu'elle a le droit de porter.