—Je sais que le prince de P… avait le bonheur de vous voir souvent, il devait vous tenir au courant de tout; il aime les histoires romanesques, et, certainement, il ne vous gardait pas le secret de celles dont il était témoin.
Ellénore sourit pour toute réponse, car nier le fait eût été mentir.
—Ah! priez donc madame de nous apprendre ce que devient mon jeune ami, le comte de Savernon. Madame de Cl… a écrit à une de ses amies, qu'il était amoureux fou d'une dame de moyenne vertu qui fait la cruelle pour porter sa passion à l'extrême, c'est-à-dire au mariage, car le comte Albert profite si bien de sa séparation avec sa femme, qu'à son exemple ses amis oublient qu'il est marié, et que ses nouvelles connaissances le croient célibataire.
—Et que pense la princesse de Waldemar de cette belle passion? demanda
M. de Lally; elle doit jeter feu et flammes?
—Je ne suis pas au courant des aventures de ce genre, dit Ellénore en balbutiant; à Bruxelles ainsi qu'à Londres, je voyais fort peu de monde.
—Le prince de P… suffisait bien à votre instruction vraiment, reprend
M. de Lally. Vous écrit-il souvent?
—J'ai reçu ce matin une lettre de lui.
—Tant mieux; vous allez lui répondre. Par grâce pour nous, demandez-lui quelques détails sur la folie de notre cher Albert.
M. Ham… s'apercevant du supplice que cette conversation faisait éprouver à madame Mansley, l'interrompit en disant à ces messieurs:
—Vous exigez beaucoup de la complaisance de madame; mais avant qu'elle vous amuse du récit des événements de Bruxelles, parlez-lui un peu de ce qui se passe ici, dans la colonie parisienne.