—Il ne saurait s'étonner de me voir longtemps réfléchir avant de prendre une décision aussi importante, ajouta-t-elle, et je croirais manquer à l'honneur, à la délicatesse, en ne méditant pas avec conscience sur tous les devoirs que ce grand acte m'impose.
—A quoi bon ces délais, ces prétextes?… C'est sa peine qui vous afflige, dit le prince en montrant Albert… En sera-t-elle moins vive dans quelques jours; lorsque l'habitude de vous revoir, de vous entendre, lui ôtera le peu de raison qui lui reste? Non, il faut trancher net les difficultés que rien ne peut aplanir. Je vais de ce pas chez Ham…, lui dire que vous consentez à l'épouser.
En cet instant, il sortit une exclamation si déchirante du sein d'Albert, qu'Ellénore en tressaillit.
—Ah! je vous en conjure, dit-elle au prince d'un ton suppliant, ne me liez par aucune parole irrévocable!
—Quelle misérable considération peut vous faire hésiter?
—Je ne sais,… mais je crains de ne pouvoir faire le bonheur de M. Ham… Sa générosité envers moi exige que je lui consacre non-seulement toutes mes actions, mais encore toutes mes pensées…
—Eh bien, qui vous en empêche? n'êtes-vous pas touchée de son amour, de ce qu'il lui fait faire pour vous et pour votre fils?
—Ah! je ne l'oublierai de ma vie. Mais plus je lui dois, plus je serais coupable de ne pas le rendre heureux.
—Quel étrange scrupule! N'avez-vous pas tous les dons qu'on recherche dans une femme? N'avez-vous pas cette loyauté de caractère qui doit faire la sécurité de celui qui vous aime? Enfin, n'avez-vous pas le coeur libre?…
—En vérité… je n'en sais rien, répond Ellénore, tremblante et confuse.