—Vous aurez beau prier, menacer, répondit le prince, il vous promettra toujours d'obéir, et n'aura jamais la force de s'éloigner de vous. N'avait-il pas cent raisons de rester en Allemagne, auprès de la princesse? Eh! il n'a pu tenir au désir de vous rejoindre.
—Cependant j'attendais son départ pour instruire M. Ham… de ma résolution.
—C'était fort prudemment agir, car on ne sait pas ce que peut amener entre eux deux cet étrange refus. Mais, je vous le répète, Albert n'aura pas le courage de vous fuir.
—Pourtant il m'a juré de…
—Ah! vraiment! on viole des serments bien plus sacrés! et l'on n'a pas toujours la passion pour excuse. Que pouvez-vous attendre d'un insensé? Je l'ai vainement prêché à Bruxelles pour la même folie; je n'aurais pas plus de succès ici.
—C'est à moi de fuir encore! s'écrie madame Mansley en pleurant, je ne pourrai donc jamais goûter un instant de repos?
—Tant que vous serez jeune et jolie, ces malheurs-là vous poursuivront, ma pauvre amie; mais quel que soit le lieu de votre retraite, Albert le découvrira, il viendra vous y surprendre.
—Non, dit Ellénore avec une expression sinistre, je le choisirai tel, que j'y serai à l'abri de sa présence.
—Songez que vous devez quelque pitié à l'excès de sa passion.
—Ah! le ciel sait que si l'honneur me permettait d'y répondre, je ne le fuirais pas, mais puisqu'il existe entre nous un obstacle invincible il faut nous séparer. Aidez-moi à tenir cette sage résolution, cher prince; éclairez votre ami sur les chagrins, les nouvelles calomnies que doit m'attirer son amour. Démontrez-lui qu'il achève de me perdre; et peut-être, ému de pitié pour des maux si peu mérités, il craindra de les accroître, il me laissera chercher le repos dans l'absence.