—Elle qui regimbait contre l'autorité, et qui fait la chattemite, là, dans son coin, pour nous faire oublier ses injures, ajouta-t-il en montrant Ellénore, qui, assise près de l'embrasure d'une fenêtre, était à moitié cachée par le groupe des patriotes.

Alors l'attention générale se portant sur Ellénore

Maurice tourna ses regards vers elle, et s'écria involontairement:

—Ciel! madame!

Et il resta pétrifié. En vain lady Caroline lui ordonnait de faire mettre des chevaux de poste à sa voiture, le suppliait de ne pas perdre un instant pour hâter son départ, car la terreur qu'elle venait de ressentir, et dont ses membres tremblaient encore, la rendait impatiente de quitter Amiens et de se soustraire à la tyrannie des autorités françaises. Maurice, abasourdi par la surprise de voir là Ellénore, cette belle victime des trahisons de son maître, cette femme dont il avait exécuté les ordres pendant trois ans avec tant de zèle, de respect, de la voir là en face de sa rivale, les traits abattus par la douleur, les regards fixes, la bouche souriant de ce sourire amer qui peint à la fois l'indignation et le mépris, Maurice n'entendait rien.

—Procédons à la visite domiciliaire, dit le municipal.

—Oui, oui, montons chez elle! cria le choeur des assistants.

—Chez qui? demanda Maurice, chez madame?…

—Et qu'est-ce que cela te fait, à toi, qu'on visite ses papiers? Est-ce que tu as peur qu'on y trouve de tes lettres? dit le plaisant.

—Non, mais madame… est une bonne citoyenne, et je ne souffrirai pas qu'on la traite comme…