En parlant ainsi, le regard de Maurice semblait implorer d'Ellénore un motif quelconque à donner à son voyage; mais la voyant garder le silence, il finit par dire:

—Ma foi, je n'en sais rien. Tout ce que je puis affirmer, c'est que la citoyenne mérite toutes sortes d'égards… qu'elle paraît… malade… et que l'on ne doit pas la faire souffrir davantage, en la chicanant sur un tas de formalités qu'elle ne connaît point.

—Cela ne te regarde pas, dit l'agent; ce n'est pas de toi que nous apprendrons ce que nous devons faire. Puis, se retournant vers l'aubergiste: Allons marche et mène-nous chez la citoyenne; elle va nous suivre pour être témoin de la visite, car nous ne sommes pas des voleurs, et le premier qui enlève le moindre objet!… sacrebleu! son affaire sera bientôt faite… Allons, debout, citoyenne!

—Pardon, citoyen municipal, dit l'aubergiste tout en émoi, on m'apprend qu'une voiture à six chevaux entre dans la cour; c'est un ambassadeur, dit-il, il faut que j'aille le recevoir, mais ce garçon de l'hôtel va vous conduire. Eh bien, où est-il donc? ajoute l'aubergiste en voyant que son domestique était parti, il s'est bien pressé de redescendre… je vais vous l'envoyer.

—Ah! tu crois que nous sommes faits pour t'attendre? C'est bien plutôt ton ambassadeur qui attendra, s'écria le chef des patriotes.

Et tous, animés du même esprit, se jettèrent sur l'aubergiste pour le contraindre à monter l'escalier. Le malheureux, effrayé de se voir entre les mains de ces énergumènes, jetait des cris affreux qui se mêlaient à leurs voix menaçantes. Tous les habitants de l'hôtel sortaient de leurs appartements pour voir ce qui se passait; les valets de l'hôtel couraient au secours de leur maître. C'était un bruit infernal, qui se calma, comme par enchantement, à la voix douce et paisible d'un homme dont le sang-froid avait déjà bravé plus d'une émeute.

S'étant informé du sujet de ce vacarme, il avait demandé à parler à l'agent municipal.

—Qui es-tu, pour déranger ainsi l'autorité? lui avait-on répondu.

—Monsieur est ministre de France en Angleterre, envoyé par l'assemblée nationale à Londres, d'où il rapporte de bonnes nouvelles, dit à haute voix le secrétaire de l'ambassadeur.

—Ah! c'est différent, répliqua le sans-culotte, c'est un patriote de l'assemblée, laissons-le passer.