On la vit se ranimer graduellement aux accords harmonieux de la harpe, sur laquelle Dalvimare préludait dans le salon à côté. C'était un spectacle difficile à décrire que celui de la mort, éloignant un instant son cortége funèbre pour faire place aux apprêts d'une noce; de voir le contrat de mariage à côté du testament, le bouquet de la mariée auprès du Christ de la mourante; le sourire et les pleurs sur toutes les figures.

Le maire étant présent, on venait de terminer l'acte et les paroles sacramentelles, lorsque le docteur, qui venait d'entendre le bruit d'une voiture entrant dans la cour, prétendit qu'il manquait un témoin.

—Je vais le chercher, dit-il en posant sur le lit un flacon d'éther.

Et cinq minutes après il rentra, tenant par la main Frédérick, qui s'élança joyeux vers sa mère. Hélas! cette joie si vive se changea en cri d'effroi à l'aspect du visage décoloré d'Ellénore. Pourtant elle lui souriait, lui ouvrait les bras… suffoquée par le bonheur de le sentir sur son coeur! Elle voulait lui parler… lui dire qu'il ne restait pas seul au monde, que cet affreux moment lui donnait un protecteur, un père… Elle n'avait plus de voix.

Rassemblant le reste de ses forces pour réunir dans ses mains celle de Lucien et celle de Fréderick, elle paraissait succomber à l'excès d'une félicité inespérée, appelant de ses regards le prêtre qui devait la marier et la bénir. Elle proféra le oui sacramentel. Elle reçut l'extrême-onction, puis sa tête retomba lourdement sur l'oreiller.

—O mon Dieu! s'écria l'enfant, effrayé de la pâleur de sa mère, elle est donc bien malade?…

—Non… mon fils… dit Lucien, elle est morte!

CONCLUSION

M. de la Menneraye était jeune, généreux, dans toute la ferveur d'un premier amour. Ses regrets furent sincères. Mais sa famille lui ayant persuadé qu'en laissant mourir Ellénore avec le titre légitime de comtesse de la Menneraye, il avait assez fait pour elle, les billets de faire part ne furent point envoyés. Frédérick retourna en Angleterre, où son éducation et sa fortune lui fournirent une très-honorable existence.

Adolphe, dont madame de Seldorf ne pouvait point se passer comme adorateur, ne fut pas accueilli pour époux. Dans son dépit, il épousa une fille d'une grande maison, plus spirituelle que jeune et jolie.