Il est temps qu'un forfait révèle qui je suis.
lui acquit si bien l'attention, la faveur du public, qu'on lui permit de braver l'usage en étant vrai de toutes les manières.
La tragédie terminée au bruit des applaudissements les plus vifs, le nom du jeune auteur circula dans toutes les bouches; chacun désirait le connaître, et lorsque le chevalier de Panat vint demander à Ellénore ce qu'elle pensait de l'ouvrage, elle lui répondit que la pièce lui donnait une grande idée du talent de l'auteur.
—Voulez-vous le voir? dit le chevalier; tenez, le voilà qui entre dans la loge de madame de Seldorf; elle était impatiente de lui faire ses compliments; elle a prié M. de Rheinfeld d'aller le lui chercher.
—N'était-ce pas mettre sa complaisance à une grande épreuve? demanda
Ellénore.
—On pourrait le supposer, et peut-être s'en flatte-t-elle; mais Adolphe a sur ce point une philosophie désespérante. D'ailleurs, vous le savez, nous ne prenons jamais la jalousie qu'on veut nous donner.
—En effet, M. de Rheinfeld semblait écouter avec tout le calme possible ce que l'enthousiasme le plus éloquent fournissait de flatteries enivrantes à madame de Seldorf sur le succès mérité de M. Lemercier. Un auteur moins spirituel en aurait eu la tête tournée, et un adorateur plus passionné en aurait perdu son repos; mais tous deux savaient que dans cet éloge académique, madame de Seldorf voulait encore plus montrer son esprit que vanter celui de Népomucène.
Malgré le plaisir qu'Ellénore prenait à regarder l'auteur qu'on venait d'applaudir avec tant de chaleur, elle fut obligée de détourner les yeux de la loge de madame de Seldorf, pour éviter ceux de M. de Rheinfeld qui étaient constamment fixés sur elle. Cette importunité la fatiguait d'autant plus qu'elle n'osait s'en plaindre; enfin, elle prit le parti de se retourner et de causer avec le comte Arch… de P… Son frère venait d'être nommé ministre des relations extérieures, en remplacement du citoyen Lacroix et en compagnie du citoyen Cochon, ministre de la police, qui ne fut destitué qu'un mois après.
Cette admission dans le conseil suprême des ministres de la république d'un ci-devant prêtre, était le sujet de toutes les conversations.
Les patriotes accusaient madame de Seldorf d'avoir influencé le choix du Directoire, et les aristocrates ne lui pardonnait pas d'avoir engagé un des leurs à faire partie d'un gouvernement dont ils désiraient ardemment la chute.