Décidée à ne s'occuper que du malheureux qu'elle avait recueilli, elle le confia aux soins de M. de Savernon; puis elle pensa à implorer les amis républicains, dont elle avait déjà mis l'obligeance à l'épreuve, pour obtenir les moyens de faire sortir de France M. de la Menneraye; car malgré les hymnes patriotiques, malgré les odes du champ de Mars, où l'on célébrait, chaque décade, le bonheur et la prospérité de la France, malgré le bien-être qu'on éprouvait depuis la chute du formidable comité de salut public, c'était encore une fort triste époque que celle où tant d'héritiers de nobles familles sollicitaient l'exil comme une faveur!

M. de Savernon connaissait le père du jeune Lucien; il approuva tout ce que la générosité de madame Mansley lui avait inspiré pour le pauvre blessé; mais ce malheureux était beau, brave, spirituel, et M. de Savernon approuvait encore plus vivement les démarches qu'Ellénore allait tenter pour l'éloigner de Paris.

Elle s'apprêtait à se rendre chez l'ex-abbé Siéyès, lorsqu'on lui remit une grande enveloppe cachetée; elle ouvre, et voit les lettres imprimées de: République française, en tête d'un passe-port revêtu de la signature de toutes les autorités du jour, portant le nom du citoyen Nicolas Durand, horloger, né à Genève, et retournant dans sa famille.

A la vue du passe-port qui assurait le salut de son protégé, Ellénore ne put contenir un cri de joie, et céda sans réflexion au désir d'aller montrer au blessé le baume municipal qui devait lui rendre la vie. Son domestique l'arrêta en disant:

—Madame oublie ce papier qui est tombé de l'enveloppe lorsqu'elle l'a ouverte.

Ellénore prend la petite feuille volante que lui présente Germain, et lit ce peu de mots:

«N'est-ce pas là ce que vous désiriez, madame?»

Comme l'écriture lui est inconnue, elle rappelle Germain.

—Qui vous a remis ce paquet?

—C'est le portier, madame.