—C'est qu'elle a été élevée en France, répondit madame Talma.

—Ah! racontez-nous son histoire, dit Riouffe. Si jeune qu'elle soit, elle a déjà dû faire des passions.

—Sans compter la vôtre, car vous me paraissez décidé à l'adorer, interrompit Chénier.

—Ma foi, si j'étais plus aimable, je tenterais sa conquête.

—Tentez toujours; les femmes ont des caprices si bizarres.

—Non, Riouffe n'a pas de chances, dit Garat: sa conversation est trop légère. La pruderie de madame Mansley s'en effaroucherait trop vite.

—Elle est prude? dit Chénier. J'aurai dû le deviner. Elle doit être fière aussi. Son rang l'y oblige, ajouta-t-il d'un ton moqueur. Mais tout cela n'empêche pas qu'elle ne soit fort jolie, et ne déraisonne sérieusement avec beaucoup d'esprit.

Alors il s'engagea une sorte de combat entre les admirateurs et les détracteurs d'Ellénore, qui déplaisait visiblement à la maîtresse de la maison, et qu'elle voulut terminer en disant:

—Vous êtes tous également exagérés dans votre opinion sur madame Mansley. Je suis certaine que celle d'Adolphe, qui garde le silence, est la seule raisonnable. Voyons, que pensez-vous de cette belle Ellénore?

—Moi, madame, répondit Adolphe avec l'air d'un homme qu'on éveille en sursaut. Je ne l'ai pas vue.