Adolphe garda le silence et parut absorbé sous le poids d'une pensée qui ne s'était point encore offerte à son esprit.

—Se taire, c'est répondre, continua madame Talma; et je me fie maintenant à votre honneur pour vous guider dans le parti qu'il faut prendre.

—L'honneur! reprit Adolphe avec impatience, et depuis quand l'honneur des hommes est-il compromis par leurs faiblesses de coeur? N'avons-nous pas fait les lois de manière à être absous de tous crimes en ce genre? Non, la crainte du blâme ne saurait nous arrêter dans un sentiment passionné; celle de causer le malheur d'une femme dévouée pourrait seule donner le courage de la fuir. Mais je vous le répète, madame Mansley s'indigne et s'amuse de mon amour. Voilà tout.

—Et pourquoi cet amour? Je vous prie, êtes-vous bien sûr de l'éprouver? N'est-ce pas une de ces taquineries qui servent souvent au développement de votre esprit, et dont vous voulez divertir votre coeur?

—Quelle méchante supposition!

—C'est que je ne m'explique pas comment les qualités, les défauts et les goûts les plus opposés, mènent à un amour mutuel.

—Mutuel! répéta Adolphe, la joie dans les yeux. Vous êtes bien honnête, ajouta-t-il en souriant.

—Hélas! oui, mutuel, et je n'en veux pour preuve que les efforts de la pauvre Ellénore pour se persuader qu'elle vous hait. Vous pensez bien que si votre repos avait été seul en danger dans cette circonstance, je ne m'en serais pas inquiétée. Je vous aurais laissé jouer de vos défauts avec toute la grâce qui leur a déjà valu tant de succès; mais quand j'ai vu que leur séduction commençait à agir sur un coeur déjà meurtri, et qu'un coup de plus doit tuer, j'ai cru vous servir tous deux, en mettant mon amitié entre vos deux haines pour les empêcher de se battre trop passionnément.

—Vous me faites tant de bien et tant de mal avec vos beaux discours, que je ne sais plus que résoudre.

—Eh bien, laissez-vous conduire.