Pauca intelligenti.
CHAPITRE CXI.
DE L'HOMME AIMABLE.
Que la beauté ait été trouvée chez les Grecs en même temps qu'ils sortaient de l'état sauvage, c'est ce qu'il est impossible de nier[313]; qu'elle soit tombée du ciel, aucun historien ne le rapporte; qu'elle ait été inventée par les raisonnements de leurs philosophes, il n'y a pas moyen de le croire; ils sont trop ridicules; que, comme les beaux tableaux du quinzième siècle, elle soit le fruit inattendu de la civilisation tout entière, c'est ce que les savants allemands les plus opposés à mon idée ne nieront pas.
La vraie difficulté est celle-ci: qu'elle soit l'expression de l'utile[314].
Je n'ai pas dit: Je vais vous prouver cela; mais «daignez vérifier dans votre âme si par hasard la beauté ne serait pas cela.»
A cet effet, je le répète, il faut d'abord avoir une âme; ensuite que cette âme ait un plaisir direct, et non pas de vanité, en présence de l'antique.
Je ne puis prouver à quelqu'un qu'il a la crampe. Dans cette affaire une simple dénégation détruit tout. Je n'opère pas sur des objets palpables, mais sur des sentiments cachés au fond des cœurs.
Je ne puis que faire une enceinte. Les statues expriment-elles quelque chose? Oui; car on les regarde sans s'ennuyer.
Expriment-elles quelque chose de nuisible? Non; car on les regarde avec plaisir. Quelques cœurs jeunes et simples diront: «Oui, la Pallas me fait peur;» mais, quand ils ne seront plus étonnés de cette tête colossale de Jupiter Mansuetus, ils diront: «Celle-là me rassure.»