La France a des poëtes qui, pour imiter Molière de plus près, le copient tout simplement, et qui, par exemple, pour faire un défiant, prennent l'intrigue du Tartufe. Mais ils changent les noms.

Cette méthode générale s'applique aussi à la peinture.

Les peintres, ayant appris que l'Apollon est beau, copient toujours l'Apollon dans les figures jeunes. Pour les figures d'hommes faits, on a le torse du Belvédère. Mais le peintre se garde bien de mettre jamais rien de son âme dans son tableau: il pourrait être ridicule. L'art redevient tranquillement, et au milieu d'un concert de louanges, un pur et simple mécanisme, comme chez les ouvriers égyptiens. Les nôtres pourraient se sauver par le coloris; mais le coloris demande un peu de sentiment, et n'est pas précisément une science exacte comme le dessin.

Si nos grands artistes lisaient l'histoire, ils seraient bien scandalisés de voir leur place marquée par la postérité entre Vasari et Santi di Tito. Ceux-ci furent pour Michel-Ange ce qu'ils sont pour l'antique. Précisément les mêmes reproches qu'ils faisaient au Corrége, ils les font à Canova.

La place est faite en France pour un autre Raphaël. Les cœurs ont soif de ses ouvrages. Voyez comme ils ont accueilli la tête de Phèdre[381]. Du reste, on admire les expositions actuelles par devoir, car on dit au public: «Cela n'est-il pas bien conforme à l'antique?» Et le pauvre public ne sait que répondre. Il est dans son tort[382], et s'écoule tranquillement en bâillant.

[380] La ville de Ls, par l'organe du grand poëte comique R.

[381] Tableau de M. Guérin, à Saint-Cloud. Voir les têtes de Didon, d'Élise et de Clytemnestre, exposition de 1817. Ce grand artiste fait des progrès dans la science de l'expression. Quel dommage qu'il s'occupe si peu du clair-obscur!

[382] Interrogatoire de l'Esturgeon, joli vaudeville des Variétés.


LIVRE SEPTIÈME
VIE DE MICHEL-ANGE