Dans tout dessin, dans toute esquisse, dans toute mauvaise gravure où vous trouverez de la force, et une force déplaisante par excès, dites sans crainte: Voilà du Michel-Ange.
Sa religion l'empêchant de chercher l'expression des nobles qualités de l'âme, il n'idéalisait la nature que pour avoir la force. Quand il voulut donner la beauté à des figures de femme, il regarda autour de lui, et copia les têtes des plus jolies filles, toutefois, en leur donnant, malgré lui, l'expression de la force, sans laquelle rien ne pouvait sortir de ses ciseaux.
Telle est cette figure d'Ève, à la voûte de la chapelle Sixtine, la Sibylle Érithrée et la Sibylle Persique[437].
Le principal désavantage de Michel-Ange, par rapport à l'antique, est dans les têtes. Ses corps annoncent une très-grande force, mais une force un peu lourde.
[434] Si je parlais à des géomètres, j'oserais dire ma pensée telle qu'elle se présente: la peinture n'est que de la morale construite.
[435] Que me sert la profonde attention et la bonté d'un être faible? S'il se mettait en colère, il me ferait plus d'effet; s'il exprimait la douleur, il pourrait me toucher.
[436] Talma n'a fait qu'une mauvaise chose en sa vie, c'est nos tableaux. Voir Léonidas, les Sabines, Saint Étienne, etc.
[437] Zeuxis plus membris corporis dedit, id amplius atque augustius ratus; atque ut existimant Homerum secutus cui validissima quæque forma etiam in feminis placet. (Quint., Inst. or., XII, c. 10.)
Marc-Antoine a gravé Adam et Ève et la figure de Judith. Bibliothèque du roi.