Ghirlandajo devait sans cesse trembler de se tromper dans la perspective aérienne, et d'outrer sa découverte. Au contraire, l'artiste qui naît dans une bonne école est averti des effets de la nature; il apprend à les voir, il apprend à les rendre, et n'y songe plus. La force de son esprit est employée à faire des découvertes au delà.

Aujourd'hui l'esprit humain prend une marche contraire. Il s'éteignait faute de secours, il est étouffé par les exemples. Ce serait un avantage pour les artistes que demain il ne restât plus qu'un tableau de chaque grand maître.

Dès qu'ils font autre chose qu'avertir le génie qu'il y a telle beauté possible, ils nuisent. Mais ils servent au public, en produisant des plaisirs, et des plaisirs variés comme le caractère des lieux où ils sont répandus.

Les alliés nous ont pris onze cent cinquante tableaux. J'espère qu'il me sera permis de faire observer que nous avions acquis les meilleurs par un traité, celui de Tolentino. Je trouve dans un livre anglais, et dans un livre qui n'a pas la réputation d'être fait par des niais, ou des gens vendus à l'autorité:

«The indulgence he showed to the Pope at Tolentino, when Rome was completely at his mercy, procured him no friends, and excited against him many enemies at home.» (Edinburg Review, décembre 1816, page 471.)

J'écris ceci à Rome, le 9 avril 1817. Plus de vingt personnes respectables m'ont confirmé ces jours-ci qu'à Rome l'opinion trouva le vainqueur généreux de s'être contenté de ce traité. Les alliés, au contraire, nous ont pris nos tableaux sans traité.

[549] A l'instant où un modèle quitte ses vêtements, ses membres sont d'accord, si l'on peut parler ainsi. Dans la nature, si un homme serre le poing droit, par un mouvement de colère, la main gauche change de physionomie, et, sans nous en rendre compte, nous sommes très-sensibles à ces sortes de changements, à ce que je crois, un peu par instinct. Saint Bernard fit de grandes conversions en Allemagne en parlant aux Germains le latin qu'ils n'entendaient pas.

L'étude du modèle peut ôter au peintre le sentiment de l'accord des membres; il y a des choses qu'il faut savoir ne pas imiter. Copier le modèle sans savoir l'anatomie, c'est transcrire un langage qu'on n'entend pas. Mais, dira-t-on, l'anatomie ne paraît pas dans les tableaux des grands peintres; elle paraissait dans leurs esquisses.

[550] Le meilleur livre d'anatomie pour les artistes est celui de Charles Bell. Londres, 1806, in-4o de cent quatre-vingt-cinq pages.

[551] La Cène, de Léonard, gravée par Raphaël Morghen; la Transfiguration, du même, cent vingt francs la nouvelle, quarante francs l'ancienne. Les Jeux de Diane, du Dominiquin; le Martyre de saint André, fresque du Dominiquin; Saint André allant au supplice, du Guide. Les portraits de Raphaël et de la Fornarina, de Morghen; l'Aurore du Guide; l'Aurore du Guerchin. La Léda, du Corrége, par Porporati; la Déjanire, de Bervic; la Sainte Cécile, de Massart; la Madeleine, du Corrége, par Longhi; le Mariage de la Vierge, du même. La Famille en Égypte et l'Arcadie, du Poussin. Quelques paysages du Lorrain; quelques gravures des chambres du Vatican, par Volpato, quoique la pureté virgilienne de Raphaël y soit cruellement ornée. Huit Prophètes ou Sibylles, de Michel-Ange, au bistre; le Jugement dernier, de Michel-Ange, gravé par Metz. Le Saint Jean et la Madone de Saint-Sisto, de Müller; quelques gravures de Bartolozzi, d'après un auteur classique; quelques gravures de Strange. La Danse, de l'Albane, par Rosaspina; la Madone, du Guide, par Gandolfo; la Madone alla Seggiola, par Morghen; la Madone del Sacco, par le même; le Laocoon, de Bervic[xl].